Le naufrage de l’Éducation Nationale [1] – Idéologie et désinstruction

Des dégâts du progressisme sur l’Education nationale

Dans cette première partie, je vous propose de revenir sur les causes à l’origine de ce qu’il convient aujourd’hui d’appeler « la désinstruction nationale » (expression de René Chiche, tirée du livre du même nom). 

Il y a quelques mois, je publiais un article intitulé « La déconstruction du roman national », dans lequel je passais en revue les différentes causes à l’origine de la fin de l’enseignement du roman national dans les cours d’Histoire officiels. S’il apparaît aujourd’hui qu’une idéologie progressiste dominante dans le monde universitaire et de la recherche est à l’origine de cela, j’ai pensé qu’il serait intéressant de détailler d’autres problèmes, observables cette fois-ci liés à la pédagogie en général. Aujourd’hui dans cette première partie, je vous propose de revenir sur les causes à l’origine de ce qu’il convient aujourd’hui d’appeler « la désinstruction nationale » (expression de René Chiche, tirée du livre du même nom). 

L’instrumentalisation politique de l’Éducation Nationale

Il est tout d’abord clair qu’on assiste aujourd’hui à une instrumentalisation de l’éducation, et ce à des fins électoralistes. Cela ne devrait pas vous surprendre ; après tout ce n’est pas la première fois que l’école est utilisée à des fins politiques. A titre d’exemple, l’historien René Rémond décrivait souvent le rôle de l’éducation dans la construction de la citoyenneté et allait plus loin en évoquant même un rôle nouveau qui permettrait de construire, en ce début de XXIème siècle, une citoyenneté européenne au-delà de la seule citoyenneté nationale. Or, l’idée d’une citoyenneté européenne est affirmée depuis le traité de Maastricht. La question est donc de savoir si l’enseignement de l’histoire, qui a longtemps permis de faire des citoyens français, doit, aujourd’hui, « prendre en charge la création d’une identité européenne en enseignant l’histoire de l’Europe  » (Serge Berstein, « Enseigner l’histoire de l’Europe»). 

« Il faut éveiller chez les jeunes générations le goût de l’action (…). Le pays est menacé par les périls extérieurs : il faut cultiver en elles le sentiment national »

Mais, comme dit plus haut, le rôle politique de l’éducation a toujours existé, et ce n’est pas une chose mauvaise en soi ; seulement là où l’accent était auparavant mis sur le côté patriotique et républicain de la mémoire nationale, et sur la transmission d’un héritage, il est aujourd’hui mis sur l’ambition démocratique de créer un citoyen européen « éclairé ». Ernest Lavisse, auteur du fameux manuel d’histoire de la IIIème République « Le Petit Lavisse », écrivait par exemple concernant l’enseignement de l’Histoire : « Il faut éveiller chez les jeunes générations le goût de l’action (…). Le pays est menacé par les périls extérieurs : il faut cultiver en elles le sentiment national » (extrait d’un article datant de 1890). Le Petit Lavisse, publié chez Armand Colin en 1876, laissa à des générations d’élèves, pendant près d’un siècle, ce que l’historien Pierre Nora qualifie d’«évangile de la République ». 

Mais cet objectif d’une transmission d’un héritage et d’une citoyenneté nationale fut mis en cause autour des années 1960; remise en cause qui culmina en mai 68. A partir de cette date, une certaine idéologie infiltra et domina progressivement le secteur de l’éducation. Cette idéologie, c’est celle incarnée par la nouvelle loi populaire : « Il est interdit d’interdire », qui implique forcément une perte de respect envers les institutions.  Cette mutation du rôle et de la nature de l’Education Nationale est en fait le fruit d’un travail de métapolitique de la gauche, qui s’est inspiré des travaux de l’italien Antonio Gramsci. Marxiste, Gramsci écrivait que la bataille des idées se gagne d’abord grâce à la conquête d’institutions autres que les institutions politiques officielles, et qu’il faut exercer une « hégémonie culturelle » sur la société afin de pouvoir faire arriver ses idées en politique. A comprendre: contrôler les mœurs permet, sur le long terme, de contrôler la politique. En France, l’éducation et les arts furent les premiers domaines à succomber à cette stratégie, si bien qu’il est aujourd’hui difficile de trouver un artiste ou un universitaire se disant ouvertement de droite, tandis qu’une ribambelle d’entre eux se réclament fièrement de la gauche. L’adhésion à cette idéologie semble même être aujourd’hui devenue un prérequis pour intégrer ces champs professionnels, y compris l’Éducation Nationale. Laurent Lafforgue, instituteur des Vosges, décrit dans son texte « Défense de l’école et politique » l’intolérance politique des syndicats enseignants :

« Répondre au mail d’un syndicat (nous en sommes abreuvés) en n’allant pas dans son sens devient un suicide professionnel si on le fait trop souvent.« 

« Vous ne faites pas grève, vous n’approuvez pas les syndicats, vous osez vous élever contre telle décision inique : vous êtes ostracisé de manière sourde. Répondre au mail d’un syndicat (nous en sommes abreuvés) en n’allant pas dans son sens devient un suicide professionnel si on le fait trop souvent. Vous ne pouvez pas critiquer ouvertement la façon dont fonctionne l’enseignement sans être taxé de réactionnaire. »

Egalitarisme et progressisme : le nouveau credo de l’E.N.

Car la formule “il est interdit d’interdire” implique nécessairement la fin de toute autorité qui s’imposerait aux élèves, elle a engendré la naissance d’un « égalitarisme fou », pour reprendre une expression de Montesquieu. Selon cette idéologie, l’égalité entre individus n’admet aucune exception. Tous les individus étant parfaitement et en tous points égaux, l’opinion de l’un vaut exactement autant que celle d’un autre. Invoquant son « droit à la différence », chacun veut qu’on le respecte en l’écoutant, et qu’on reconnaisse la valeur de son propos quel que soit le fond du propos en question. L’ancien Ministre de l’Education nationale Luc Ferry, dans sa « Lettre à tous ceux qui aiment l’école » écrivait ainsi:

« Depuis sa création jusqu’à la rupture introduite par les contestations des années 1960, l’école républicaine reposait sur l’idée qu’il existait des valeurs communes, des normes collectives, incarnées notamment par les programmes, qui dépassaient les individus et que chacun devait s’efforcer de réaliser dans sa vie comme à l’école. […] les années 1960 ont vu apparaître et se développer une autre conception de l’éducation. […] De là une préférence marquée pour les dispositifs pédagogiques qui cultivent d’autres qualités que les traditionnelles valeurs du mérite, de l’effort et du travail : l’expression de soi plutôt que le souci des héritages transmis, l’esprit critique plutôt que le respect des autorités, la spontanéité plus que la réceptivité, l’innovation plutôt que la tradition, etc. » 

Ainsi, le savoir et l’autorité ne sont plus simplement rejetés parce que « bourgeois », mais parce que « blanc », « patriarcal », ou « hétérosexuel ».

A partir de 1968, en effet, l’Education nationale a eu tendance à être de plus en plus dominée par des gens se revendiquant de gauche, soucieux de réformer la société et l’école. Et cette partialité politique au sein du monde éducatif est observable également à l’étranger (de manière générale dans tous les grands pays occidentaux). Dans un article paru en 2016 dans le New York Times, le politologue Samuel J. Abrams a utilisé les données de l’HERI pour soutenir que le rapport entre démocrates et républicains dans le corps professoral américain était incroyablement inégal. Selon Abrams, le rapport était de 6 libéraux pour 1 conservateur à l’échelle nationale ; ce ratio pouvait atteindre 28 pour 1 dans les Etats les plus progressistes, comme en Nouvelle –Angleterre. Il a également examiné les variations de ce ratio en fonction des disciplines enseignées, décrivant une plus grande concentration de démocrates dans les institutions de sciences humaines, et une plus faible dans les études professionnelles, les sciences et l’ingénierie.

 Pour le camp progressiste, il est hors de question que des élèves acceptent sans discuter de suivre des programmes établis, de faire ce qu’on leur dit ou de respecter des règles de bonne conduite : comme l’autorité, le savoir a été délégitimé. Et au cours de la dernière décennie, s’est greffée à cette attitude la théorie intersectionnelle, qui hiérarchise les “oppressions” en fonction de la couleur de peau, du sexe et de l’orientation sexuelle. Ainsi, le savoir et l’autorité ne sont plus simplement rejetés parce que « bourgeois », mais parce que « blanc », « patriarcal », ou « hétérosexuel ». Il devient alors légitime, et même obligatoire, de contester ces savoirs.

Une fausse bonne idée : la méthode pédagogique

Enfin, au-delà du but idéologique, la méthode pédagogique est décidément ce qui a fini d’achever l’Éducation Nationale. D’après la pédagogie dite de Piaget suivie, on n’apprend qu’en se découvrant soi-même : la connaissance ne se transmet pas à un élève, celui-ci doit la construire lui-même. Ainsi, aujourd’hui, on ne donne plus de leçons de grammaire aux écoliers : ils se livrent à « l’observation réfléchie de la langue française », ils « examinent » les textes « comme des objets qu’on peut décrire ». Or, une telle « découverte » des règles de grammaire ne fonctionne pas en raison du nombre trop important de règles dans la langue française, et du nombre encore plus important d’exceptions. Les enseignants français ont donc renoncé à exiger de leurs élèves qu’ils respectent la grammaire. C’est notamment pour cela que l’orthographe n’est plus éliminatoire au barème du baccalauréat. 

Plusieurs études ont montré que les méthodes pédagogistes produisaient toujours de moins bons résultats que les méthodes basées sur l’apprentissage traditionnel.

Pourtant, plusieurs études comparatives très sérieuses, dont le projet Follow Through regroupant une vingtaine d’approches pédagogiques portant sur 10 ans et 70 000 élèves du primaire issus de milieux populaires, ont montré que les méthodes pédagogistes produisaient toujours de moins bons résultats que les méthodes basées sur l’apprentissage traditionnel de la lecture, de l’écriture et du calcul. Le bilan de la méthode pédagogique, le voici : 25% des enfants issus de l’enseignement primaire ne maîtrisent pas les fondamentaux (le français et le calcul), et 70% des jeunes en classe de seconde obtiennent une note éliminatoire à une dictée soumise autrefois aux enfants du certificat d’études. Avec 96% de réussite en 2020, le niveau du baccalauréat s’est tellement dégradé que les entreprises qui embauchent de jeunes actifs sont obligées de leur faire suivre le programme Voltaire afin qu’ils puissent rédiger des rapports présentables.

Que faire ; que dire ?

En bref, que retenir de cet état des lieux de l’Éducation Nationale ? Il apparaît aujourd’hui qu’il existe une mainmise idéologique de la part du camp “progressiste” dans le domaine de l’éducation, alimenté par un entre soi sectaire poussé par les syndicats enseignants et étudiants. Leur idéologie égalitariste et relativiste a pu s’implémenter dans la quasi-totalité des établissements, de par une volonté d’uniformisation et de centralisation de l’éducation et des programmes scolaires. Mais au-delà du fond, la forme même des enseignements traditionnels a muté  au profit d’un pédagogisme qui prétend « suivre l’enfant à son rythme », mais qui en réalité ne résulte que sur une baisse de l’exigence générale des connaissances. Cette gigantesque machine à dés-instruction prédispose les futurs électeurs non seulement à la médiocrité; mais également à un vote qui ose encore se dire être du côté du « progrès », malgré ses résultats catastrophiques. Dans les années à venir, il est évident qu’une refonte complète et véritable de notre système éducatif devra être effectuée si l’on veut pouvoir continuer à former des citoyens responsables, compétents et érudits.

Dans la seconde partie de cet article, nous traiterons la prochaine fois de la place grandissante de l’islamisme dans les établissements les plus populaires, qui ne rencontre qu’une complaisance politiquement correcte de la part d’une partie du corps enseignant et de la classe politique.

L’auteur

Maxime Feyssac

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2056 : plongée en inclusivité

Simulation d’application des revendications LGBTQIA+

Ce récit fictif est fondé sur les revendications portées par l’association inter-LGBT, sur l’observation des différentes revendications massivement relayées sur les réseaux sociaux (comptes anti-transphobie, etc) et sur un entretien avec une personne trans. La communauté LGBTQIA+ n’étant pas un bloc monolithique, elle est parfois divisée sur certains points.  Cette fiction ne fait en aucun cas l’apologie de ces revendications, il n’en fait pas non plus la critique. Son seul et unique but est d’ouvrir une fenêtre sur les possibilités s’offrant au monde de demain.

-Bienvenue, que puis-je faire pour vous ? Quels sont vos pronoms ?

-Bonjour, she/her/elle, je viens pour un rendez-vous de procédure de procréation, j’ai un entretien avec Mx Duflot.

Olivia se dirigea vers le bureau désigné par lae réceptionniste. Maëlle n’était pas encore arrivée. Ce rendez-vous marquait l’aboutissement de leur union. En ouvrant la porte, elle sentit une boule se former au creux de son ventre, tiraillée par un bonheur intense et la peur face à l’ampleur du projet qui lui tenait tant à cœur.

-Enchanté.e, asseyez-vous madame. Il est écrit Olivier dans votre acte de naissance, vous genrez vous bien au féminin ?

-Merci, oui, c’est mon deadname. Je m’appelle Olivia depuis ma transition Homme to Femme. 

Au même instant, Maëlle entra dans la pièce et s’installa aux côtés d’Olivia.

-Nous voilà au complet, commença lae conseiller.e en se fendant d’un sourire chaleureux. Avant tout, j’ai besoin de quelques informations pour compléter votre dossier. Ces questions touchent directement votre intimité, êtes-vous d’accord pour en parler ?

– Oui, dans la limite de la légalité évidemment ! 

– Évidemment, pas d’inquiétude, j’ai un code déontologique très précis à respecter. Commençons donc ! J’ai récupéré votre dossier, vous venez donc pour un projet d’enfant, combien êtes-vous dans ce projet ?

Vous venez donc pour un projet d’enfant, combien êtes-vous dans ce projet ?

– Deux seulement ! Et ce serait Maëlle qui le porterait, annonça Olivia. Les deux femmes échangèrent un regard complice, heureuses et émues à la pensée de la grossesse prochaine de Maëlle.

– Pas de pluriparentalité, je note. Pensez à m’envoyer un mail si jamais vous intégrez d’autres personnes au cours de la conception. Est-ce que je peux vous demander votre état civil ?

– Nous sommes en couple, mais nous réfléchissons à nous marier d’ici quelques années, c’est important ?

– Non, vous n’en aurez pas besoin pour cette procédure. Je crois que vous ne souhaitez pas adopter, je vais donc vous exposer les différentes procédures de conception par gamètes uniquement.

Pour commencer, nous pouvons utiliser celles d’un.e donneur.se biologiquement mâle. La procédure sera relativement simple, et gratuite. Vous compléterez un dossier, évidemment non-genré pour éviter toute discrimination. Lae donneur.se ne connaîtra pas votre identité, et vous pourrez demander la sienne si votre enfant le souhaite.

–          Pourquoi voudrait-iel la connaître ? Lae donneur.se n’est même pas intégré.e dans le projet.

–          Non bien sûr, iel n’aura pas de lien de filiation avec votre enfant, mais la levée de l’anonymat peut être faite à la majorité de votre enfant s’iel le demande. Si cette possibilité ne vous convient pas, il existe évidemment la méthode traditionnelle : les gamètes du parent A et du parent B, puisque vous avez respectivement des anatomies masculines et féminines. Olivia, pour exécuter cette méthode, il serait nécessaire de prélever vos gamètes masculins. Nous pouvons les prélever avant la transition médicale Homme to Femme. Elle est évidemment entièrement prise en charge par l’Etat, tout comme la transition hormonale, la vaginoplastie, mammoplastie, etc. Olivia, avez-vous effectué une transition chirurgicale ?

Les sourcils d’Olivia se froncèrent. Elle était usée par cette manie intempestive des cisgenres à la ramener à sa transidentité. Cette attitude oppressive constante ajoutait un poids écrasant sur son cœur lourd déjà fragilisé par les années de questionnement, de mal-être, de mégenrage. Le gouvernement avait pourtant promis de la libérer de cette chape de plomb. Il avait fait adopter une flopée de lois pour déconstruire le filet transphobe et sexiste de textes législatifs qui oppressaient minutieusement les minorités de genre, les entravant à chaque instant comme un boulet qu’elles trainaient dans un cliquetis sourd et sinistre. Les lois peuvent déconstruire les règles, mais elles ne déconstruisent jamais complètement les hommes. Bouillonnant intérieurement, elle ne pouvait pas détacher son regard de ses mains. Cette attitude oppressante réveilla en elle un sentiment insupportable de dysphorie. Ses poings serrés les faisaient paraître encore plus masculines, remarqua-t-elle. Même son propre corps la ramenait à sa condition. Son propre corps mentait. Il la trahissait depuis toujours, bâillonnant son identité, séquestrée au fond de son âme, suffoquant des années durant. Elle sentit les doigts fins de sa bien-aimée se glisser entre ses doigts crispés dans un signe de réconfort. Mais la colère était trop grande. Elle explosa.

Les lois peuvent déconstruire les règles, mais elles ne déconstruisent jamais complètement les hommes.

– Est-ce que je vous demande ce que vous avez entre les jambes, moi ?? Ce que je fais de mon corps ne vous regarde pas. Je n’ai pas à faire de transition pour être une femme comme les autres. Qu’est-ce que vous avez appris à l’école ?? Vous n’avez pas étudié le droit des personnes trans ? Vous n’avez pas appris que le genre était indépendant du sexe, comme tout le monde ??

Mx Duflot semblait confus.e. C’était la deuxième fois ce mois-ci qu’iel se permettait de demander à un.e patient.e transgenre s’iel avait transitionné chirurgicalement. Iel savait que sa faute allait être reportée au responsable du département. Iel n’en n’était encore qu’à sa période d’essai, et iel savait que tout comportement sexiste ou transphobe était particulièrement durement puni dans les entreprises et administrations publiques. C’était une faute professionnelle, qui pouvait lui faire perdre son emploi, voire lae faire condamner s’iel avait été particulièrement oppressant.e. S’iel voulait conserver son emploi, et ne pas tuer dans l’œuf toutes ses futures opportunités professionnelles, il fallait qu’iel se reprenne.

– Excusez-moi Madame, je suis sincèrement désolé.e. J’ai fauté, je comprends votre colère. Je promets de m’éduquer pour me déconstruire totalement. Vous savez, il est tellement difficile de lutter contre la transphobie intériorisée, je suis oppresseur.se par nature, mais j’essaie vraiment d’être votre allié.e !

Je promets de m’éduquer pour me déconstruire totalement.

– Allez, on passe à autre chose. Vous n’avez pas fait exprès. Faites des efforts, lâcha Olivia entre ses lèvres serrées.

Maëlle restait silencieuse, les yeux baissés. Elle se détestait de ne pas avoir pris elle-même la défense d’Olivia. Elle savait bien qu’être témoin silencieux de ce genre de propos, c’était déjà être transphobe. Et en même temps, elle essayait de ne pas parler à la place d’Olivia. Monopoliser la parole, en tant que cis, c’était voler celle des personnes trans. Elle se faisait discrète pour ne pas perpétuer l’invisibilisation des minorités de genre, qui avait tant fait de dégâts au cours de l’histoire.

– La troisième solution, donc, reprit Mx Duflot, la gorge nouée. C’est la plus récente, elle a été développée dans les années 2020. Elle est un peu plus risquée, mais elle permet de concevoir un enfant issu de deux personnes qui menstruent, en prélevant de la moëlle osseuse des deux parents. Je vous laisse y réfléchir, on aura l’occasion d’en rediscuter lors d’un deuxième rendez-vous, ok ?

– Et pendant la grossesse, ça se passe comment ? demanda Olivia. Je suis une personne qui menstrue, et je souhaite porter l’enfant.

-Vous serez très bien accompagnée pendant la grossesse, rassurez-vous. Les sages personnes vous accompagneront tout au long du projet, et s’assureront de la bonne santé de votre enfant. Vous aurez accès à tout le dossier médical, sauf évidemment le sexe, pour éviter toute projection de genre sur votre enfant.

-En fait, ça me fait un peu peur, lae coupa Maëlle d’une voix hésitante. Je suis évidemment éduquée, mais vous savez ce que c’est, avec toute l’histoire oppressante, sexiste et transphobe de notre pays, j’ai peur de perpétuer des injonctions genrées à mon enfant.

-Je comprends, la rassura Mx Duflot. Vous serez très bien accompagnées sur ce point pendant le projet. Vous ferez les formations obligatoires à la parentalité, pour vous habituer à genrer votre enfant au neutre avant qu’iel n’exprime son genre. 

Vous aurez accès à tout le dossier médical, sauf évidemment le sexe, pour éviter toute projection de genre sur votre enfant.

– En fait, notre vraie inquiétude, c’est parce que… j’ai encore ma grand-mère, et elle est assez problématique, confessa Maëlle. Vous savez, elle a grandi dans les années 2000, sous le Patriarcat, avant les lois inclusives, et elle a tendance à genrer les enfants, à leur raconter des vieilles histoires sexistes et hétérocentrées avec les princes et les princesses, tout ça…

– Oui, ces personnes peuvent être assez rétrogrades… On a eu plusieurs cas ces derniers mois de grands-parents qui habillaient les enfants avec des jupes roses en fonction de leur appareil génital, ou leur racontaient le mythe « papa et maman », voire pire…

Les deux femmes levèrent les yeux au ciel. Elles étaient conscientes de la difficulté de protéger leur futur enfant des vieux fantômes de l’ancienne société qui perdurait des années après l’Abolition du Patriarcat Transphobe.

Heureusement, de nombreuses lois, formations obligatoires et institutions luttaient activement contre ce fléau et leur garantissaient un cadre légal protecteur pour élever leur enfant en toute inclusivité. Mx Duflot se révélait être un.e bon conseiller.e, et observa scrupuleusement la loi dans le reste de l’entretien, mettant le couple en confiance quant à l’accompagnement mis en place par l’Etat tout au long de leur projet. 

Sur le chemin du retour, un léger silence planait entre les deux femmes. Chacune savourait la joie immense que leur procurait l’entrevue qui venait de s’achever. La radio bravait ce silence en crachant un flot d’informations comme à l’accoutumée:

“L’OMS a confirmé ce matin le succès de sa procédure de retrait des  troubles de l’identité de genre de la liste des maladies mentales de l’OMS et son reclassement dans une catégorie non stigmatisante et non pathologisante mais garantissant la prise en charge financière des transitions.  L’Etat français a profité de cette nouvelle pour déclarer dans l’après-midi que la prise en charge financière pour les Français concernerait aussi les traitements bloquant la puberté pour les jeunes personnes transexuelles qui le souhaitent. Une rubrique spéciale est consacrée à la communauté trans pour, en ce 20 novembre, journée du souvenir trans, remplir notre devoir de mémoire envers toutes les victimes de transphobie et particulièrement en honneur à Rita Hester, tuée le 28 novembre 1998, lors d’un crime de haine transphobe. Comme chaque année, cette journée commémorative mondiale aura un écho particulier sur le sol national: le centre d’archive LGBTQI+ qui fête ses 10 ans cette année ouvre exceptionnellement ses portes dans le cadre d’une conférence portant sur la nécessité d’abolir tout représentation genrée dans l’espace médiatique et publicitaire. De plus, vous pourrez participer aux multiples cérémonies ayant lieu devant chaque monument commémoratif à la mémoire des victimes LGBTQ+. La dimension de l’événement est accentuée suite à l’annonce d’un jugement symbolique d’un acte transphobe ayant été rendu dans la semaine: un homme cisgenre blanc dont le nom restera confidentiel, a été condamné à un versement d’indemnités financières conséquent et à un stage de sensibilisation anti-transphobie après avoir déclaré via son compte Facebook qu’il lui était impossible de sortir avec une personne trans.”

Un homme cisgenre blanc dont le nom restera confidentiel, a été condamné après avoir déclaré via son compte Facebook qu’il lui était impossible de sortir avec une personne trans.

Les deux femmes se regardèrent dans les yeux un court instant. Égarées, elles ne savaient quoi penser de la nouvelle mise à jour du dispositif d’intelligence artificielle chargé de contrôler le contenu diffusé sur la plateforme. Le nouveau système permettait une détection immédiate de tout terme, de toute tournure offensante pour quelque communauté ou minorité que ce soit et ce autant sur le réseau social en lui-même que sur son extension de messagerie privée. 

Le gouvernement avait récemment mis en place cette obligation pour l’ensemble des réseaux sociaux accessibles en France suite à un vote parlementaire précédé d’un long débat national largement commenté dans les médias. Vue par la société dite “bien pensante”, comme une avancée vers l’abolition absolue de tout discours de haine, de nombreux détracteurs considéraient, au contraire, cette mesure comme un dernier coup de lame achevant les libertés individuelles sur l’autel du progressisme.

Maëlle augmenta le son, curieuse d’entendre les dernières avancées législatives du gouvernement qui affirmait sa ligne progressiste depuis le début de sa mise en place 1 an plus tôt.

“Les élèves français participeront aussi à cette journée commémorative avec l’introduction, dans leur journée, d’un temps de réflexion et de prévention à la transphobie. La prochaine rentrée scolaire intégrera, d’ailleurs, de nouvelles habitudes. En effet, dans le but de faciliter la scolarité des jeunes personnes trans, le Ministère de l’éducation a imposé à l’ensemble des établissements scolaires d’utiliser le genre et le prénom d’usage pour s’adresser ou inscrire les élèves qui en font la demande.”

Olivia coupa la radio et se tourna vers sa femme. Elle était radieuse:

“Voilà un monde que je veux faire découvrir à notre enfant!”

Les auteurs

Lucas Perriat

Domitille Viel

La vérité scientifique à l’ère post-moderne

De la nécessité de réhabiliter la science comme moyen d’accéder au réel 

L’ère de la post-vérité dans laquelle nous vivons accorde à la science un statut de croyance auquel on est libre d’adhérer ou non. L’épidémie de coronavirus que nous traversons nous a révélé que notre rapport à la science est totalement perverti : soit elle est érigée comme unique source de Vérité, soit elle est abusivement relativisée. Dans les deux cas, la science n’est pas comprise. Nous tenterons ici de redonner à la Vérité scientifique sa juste place. 

Une difficile appréhension de la vérité

Qu’est-ce que la vérité ? Si l’on s’en tient à la définition donnée par le dictionnaire Larousse, la vérité est « l’adéquation entre la réalité et l’homme qui la pense ». Dans ce sens, la réalité est ce qui est et la vérité est le résultat d’un raisonnement conforme à cette dernière. Mais comment peut-on toucher le réel par des mots et des concepts forgés par l’homme ? Là est justement toute la finalité de la philosophie, qui compte y arriver par les moyens de la rationalité et de l’argumentation. La philosophie n’est cependant pas le seul moyen d’y parvenir. L’on distingue en fait trois types de vérité : logique (par le biais d’un raisonnement abstrait), expérimentale (en se fiant à des preuves objectives) et révélée (par le moyen de la foi, du dogme, etc.). C’est évidemment de la vérité expérimentale, ou scientifique, dont nous allons ici parler, et surtout du rapport que notre société contemporaine entretient vis-à-vis d’elle. Ce type de vérité est issu d’une proposition faite à la suite d’un raisonnement rigoureux et est déclarée comme telle à la suite d’un débat contradictoire débouchant sur un consensus. Puis, elle est vérifiée par l’expérience et se renforcera à mesure qu’elle perdurera sans être contredite. Peut-on pour autant dire que le consensus scientifique détermine le vrai ? Avançons avec prudence : la science permet de s’approcher au plus près du réel ; mais gardons également à l’esprit qu’aucune vérité scientifique n’est absolue et définitive. Dans son tract publié chez Gallimard (2020), l’astrophysicien et philosophe des sciences Etienne Klein rappelle que « le rapport à la vérité est contradictoire : d’un côté, elle (la science) affirme avec assurance pouvoir l’atteindre ; de l’autre, elle se réclame du doute systématique » (p. 38). 

Peut-on pour autant dire que le consensus scientifique détermine le vrai ?

Dans ce tract, Etienne Klein expose par ailleurs quatre biais dans le rapport qu’entretient le commun de la population avec la science. Le premier est le fait de porter naturellement davantage de crédit aux thèses qui nous plaisent, nous confortent dans ce que l’on pense ; le deuxième est une sorte « d’effet gourou » qui fait que l’on sera porté à croire comme vrai tout ce qui est dit par une certaine personne ; le troisième est la propension à parler avec assurance de thèmes que l’on ne maîtrise pas, d’avoir un avis éclairé sur tous les sujets ; enfin, le quatrième est la tendance naturelle à faire confiance aux intuitions, au bon sens ou à l’instinct alors que la science a maintes fois démontré qu’elle pouvait être contre-intuitive. L’on voit bien où ces biais nous mènent : comment accepter, si l’on se fie à son instinct, que le temps ne s’écoule pas de la même manière en fonction de la vitesse à laquelle on se déplace, ou selon l’altitude à laquelle on est ? Comment accepter que le bonobo possède un patrimoine génétique à 98% similaire au nôtre ? A ces travers, l’on pourrait ajouter la fâcheuse tendance à vouloir faire de la science un objet de démocratie. Le 5 avril, Le Parisien avait par exemple publié un sondage de l’IFOP posant la question : pensez-vous que ce protocole (du Professeur Raoult, à base d’hydroxychloroquine) est un traitement efficace contre le coronavirus ? A cela, 59% des 1016 interrogés ont répondu « oui ». Quel est l’apport d’un tel sondage ? Est-il de nature à contredire les résultats de recherche attestant de l’inefficacité d’un tel traitement ? La majorité d’un échantillon non informé a-t-elle accès à une raison que les chercheurs n’ont pas ? Si l’on poursuit cette logique, pourquoi ne pas faire un sondage pour savoir ce que la population pense de la rotondité de la Terre, ou du fait que Jésus ait, ou non, réellement existé ? En science, comme partout d’ailleurs, la majorité n’a pas forcément raison. 

 On voit là une rupture profonde dans le rapport à la vérité : il ne s’agit plus d’atteindre la réalité mais d’avoir raison.

Nous vivons dans l’ère de la post-vérité, définie comme « une période où l’opinion personnelle, l’idéologie, l’émotion, la croyance l’emportent sur la vérité des faits » (Larousse). En politique, cela se manifeste par l’utilisation de l’émotion et de l’idéologie à des fins électorales au lieu de chercher à argumenter et convaincre ; le débat autour du Brexit est sans doute à ce jour le paroxysme de la post-vérité politique. On voit là une rupture profonde dans le rapport à la vérité : il ne s’agit plus d’atteindre la réalité mais d’avoir raison, de propager ses idées et sa vérité propre. Qu’en est-il de la vérité scientifique ?

Entre scientisme et relativisme, tentons de réhabiliter une voie médiane 

Deux rapports erronés mais pourtant dominants existent : d’un côté, la tentation d’accorder à la science un lien exclusif à la vérité (le scientisme) ; de l’autre, croire qu’elle n’est qu’un récit parmi tant d’autres, un argument d’autorité auquel on est libre de croire ou pas (le relativisme). Le scientisme prétend que la méthode mathématique et les sciences expérimentales sont la seule source fiable de savoir, qui pourrait tout expliquer sur le monde qui nous entoure. A tel point que certaines approches, notamment de l’abbé Castel de Saint-Pierre ou de certains disciples de Descartes ayant radicalisé le cartésianisme, proposaient d’organiser la société en suivant les démarches et méthodes des sciences exactes. Ceux-ci pensent que la supériorité des sciences quant à l’accès à la vérité est valable dans tous les domaines et que l’application de ses méthodes rationnelles sur l’organisation politique mènera nécessairement l’homme vers le vrai. A l’inverse, les relativistes estiment qu’il n’existe pas de vérité objective admise par tous et que chacun peut donc défendre sa vérité propre. Les résultats de la science sont compris, dans ce cadre, comme des constructions sociales susceptibles d’être contredites par l’invocation du ressenti personnel, du « bon sens » … L’on pourrait même ajouter à ces deux grandes écoles les sceptiques qui prétendent que la vérité est trop grande, qu’elle ne peut pas être atteinte par la raison humaine. En fait, ces trois positions adoptées vis-à-vis de la vérité scientifique résultent aujourd’hui soit d’une incompréhension de la contradiction inhérente au processus de recherche ou d’une négation des autres moyens d’accès à la vérité (la philosophie, la tradition…). 

La spécificité de la science, qui donne du grain à moudre à ceux qui en contestent l’autorité, est le doute permanent.

Dans son ouvrage De la vérité dans les sciences, l’astrophysicien et philosophe Aurélien Barrau essaye de présenter une position prudente : « Je tente d’y défendre un point de vue mesuré qui se distancie à la fois d’un scientisme hyper-rationaliste à mon sens naïf et d’un obscurantisme nihiliste à mon sens nocif ». La science a selon lui vocation à affronter les dogmes et les évidences trompeuses, à essayer de comprendre le monde en utilisant notre raison avant nos sens. La spécificité de la science, qui donne du grain à moudre à ceux qui en contestent l’autorité, est le doute permanent, la capacité à toujours revenir sur ce que l’on croit déjà savoir car rien n’est définitivement acquis. Il définit alors la vérité scientifique comme un cheminement qui va « tenter d’esquisser la meilleure proposition à un instant donné de l’histoire des idées, suivant un mode spécifique, qui n’est pas le seul, d’appréhension du réel » (Aurélien Barrau, conférence La vérité dans les sciences, épisode 1 / 2). Il reconnaît là à la fois que la science n’est pas l’unique moyen d’accéder au réel et que les vérités scientifiques ne sont pas éternelles ; mais qu’elle constitue pourtant un moyen sûr de s’en rapprocher le plus possible. Par exemple, les équations d’Einstein sur la relativité restreinte et générale ont maintenant plus d’un siècle d’existence ; elles ont permis un grand nombre de découvertes et ne sont toujours pas invalidées. Pour autant, il est raisonnablement envisageable que de nouvelles équations encore plus proches du réel soient découvertes. 

Réaffirmons le vrai pour dépasser la post-vérité

Comment est appréhendée la vérité scientifique dans notre ère de post-vérité ? Elle est mal comprise, assurément ! Dans Le goût du vrai, Etienne Klein déplore que la diffusion du vrai est aujourd’hui difficile puisque circulent sur les mêmes canaux de communication des faits, des croyances, des opinions, des idéologies, des fake-news, des théories… De ce fait, une importance égale est accordée à toutes ces informations et leurs statuts respectifs se contaminent. Il devient de plus en plus difficile de faire la part des choses ; la crise du coronavirus l’a crument révélé. Ce à quoi l’on peut ajouter des personnalités publiques qui présentent la science comme étant une croyance parmi tant d’autres. Le président Trump en est l’archétype parfait puisqu’il passe son temps à répondre sur Twitter à des rapports scientifiques sur le réchauffement climatique, le coronavirus, les énergies fossiles, les expéditions spatiales, etc. Des rapports assurément non lus, qu’il entend contester en invoquant son instinct et sa propre expertise (qu’il n’a pas). A contrario, la science est parfois érigée comme une vérité unique et objective. Greta Thunberg en est l’exemple idoine car elle instrumentalise des rapports du GIEC (dont elle ne tire que les informations qui lui servent) et invoque l’autorité incontestable de la science pour servir son combat. A cet égard, les querelles entre Trump et Thunberg étaient sidérantes tant ils utilisaient la science, soit en la négligeant, soit en l’instrumentalisant ; en tout cas sans comprendre réellement les rapports dont ils parlaient. 

A cet égard, les querelles entre Trump et Thunberg étaient sidérantes tant ils utilisaient la science, soit en la négligeant, soit en l’instrumentalisant.

Par ailleurs, la crise du coronavirus nous a révélé que le rapport au temps est une autre source d’incompréhension. Le temps de la recherche n’est pas le même que le temps politique, encore moins que celui des médias, qui exige de l’immédiateté. En période de crise, la population exige de sa classe politique une réponse claire et tranchée, une direction à suivre. Mais ces derniers n’étaient pas capables de prendre des décisions sans s’appuyer sur une expertise scientifique, dont les travaux de recherche sont par essence faits de suppositions, de débats et d’hésitations (voire de contradictions) et exigent du temps long. 

Faut-il être pessimiste ? Saurons-nous retrouver le chemin de la vérité ? Dans son tract, Etienne Klein met en garde à travers un texte de Nietzsche (Humain, trop humain, 1875) sur le fait que « La science donne à celui qui y consacre son travail et ses recherches beaucoup de satisfaction, à celui qui en apprend les résultats, fort peu. Mais comme peu à peu toutes les vérités importantes de la science deviennent ordinaires et communes, même ce peu de satisfaction cesse d’exister […] ». Puisqu’elle n’est plus capable d’apporter du bonheur au commun de la population, elle sera remplacée par d’autres systèmes de pensée qui y parviendront mieux ; il en identifie trois : la religion, la métaphysique et l’art. Or, Nietzsche prévoit que « l’intérêt pris à la vérité cessera à mesure qu’elle garantira moins de plaisir ; l’illusion, l’erreur, la fantaisie, reconquerront pas à pas parce qu’il s’y attache du plaisir ». Ce texte, encore d’actualité après un siècle et demi, prévient que l’affaiblissement de l’amour pour la vérité est un véritable danger pour la démocratie, à tel point que « la rechute dans la barbarie est la conséquence prochaine ; de nouveau l’humanité devra recommencer à tisser sa toile après l’avoir, comme Pénélope, détruite pendant la nuit. Mais qui est garant qu’elle en retrouvera toujours la force ? ». 

L’affaiblissement de l’amour pour la vérité est un véritable danger pour la démocratie.

Lors d’une conférence (La science dit-elle le vrai ?, 05/02/19), Etienne Klein propose toutefois un remède qui permettrait de redonner ses lettres de noblesse à la vérité scientifique. Il faut, dit-il, que l’on enseigne la connaissance de nos connaissances. Autrement dit, il s’agit d’apprendre comment a-t-on découvert telle ou telle vérité ? Si personne n’est capable d’expliquer, par exemple, comment l’on a trouvé, puis prouvé, la rotondité de la Terre, alors ceci est une croyance au même niveau que ceux qui prétendent qu’elle est plate. On y croit sans pouvoir justifier pourquoi, en faisant seulement confiance à la majorité où à la personne qui nous l’a révélé. Si l’on comprend en revanche comment Pythagore, Aristote et Eratosthène, puis Magellan, Galilée et bien d’autres ont prouvé sa forme sphérique, alors on sait que ce dont on parle n’est pas une croyance mais bien une vérité. Ainsi, il est nécessaire de trouver des moyens de réhabiliter le vrai et la science au sein de notre société. Souvenez-vous des discussions autour du Brexit, regardez les débats politiques américains et vous comprendrez que nous nous engageons dans une voie dangereuse où toutes les paroles et les croyances se valent, peu importe leur proximité avec la réalité. Qu’est-ce que la politique si elle est détachée du vrai et que l’émotion y règne en maître ? L’ère de la post-vérité engendre nécessairement l’ère de la post-politique. S’il est vrai que nos sociétés occidentales sont bien engagées sur ce chemin, il n’est jamais trop tard pour redonner à la vérité sa juste place. 

L’auteur

L’Union européenne, plus nécessaire que jamais

Face à la menace commune, l’affirmation d’une solidarité européenne inébranlable ?

Le 16 octobre dernier, un professeur de la République française était sauvagement assassiné par un islamiste ; le 29 octobre dernier, des catholiques ont péri face à la barbarie islamiste à Nice ; le 2 novembre dernier, des juifs et des Viennois ont été pris pour cible par un terroriste islamiste… Dans l’actualité récente, la liste est affreusement longue, et c’est l’Europe qui est attaquée et meurtrie en son sein. Ce n’est pas la division convoitée par les djihadistes qui est obtenue à la suite de ces attentats, au contraire, c’est l’illustration la plus tragique du destin commun de la civilisation européenne. 

La terreur islamiste condamne l’Europe à la guerre 

En Europe, l’on peut surtout dater les débuts de l’horreur du terrorisme islamiste en 2004 avec les attentats de Madrid qui ont fait près de 200 morts et près de 1900 blessés. S’ensuit une escalade de la cruauté djihadiste sur notre territoire européen, l’on peut citer entre autres : les attentats de Londres en 2005 (56 morts et près de 800 blessés), les attentats de janvier 2015 en France (17 morts et 21 blessés) et du 13 novembre (130 morts et 352 blessés), les attentats du 22 mars 2016 à Bruxelles (32 morts et 340 blessés), les attentats par camion-bélier à Nice en juillet 2016 (86 morts et 434 blessés), à Berlin en décembre suivant (12 morts et 56 blessés) ou encore à Stockholm en avril 2017 (4 morts et 15 blessés), enfin l’attentat d’hier à Vienne (4 morts et 22 blessés)… 

Elle fait régner à dessein un climat de peur sur notre Europe et elle nous impose des scènes de guerre sur un continent qui a fait le choix de la paix depuis 70 ans.

L’énumération est à la fois interminable et nécessaire, elle est effroyable, elle ne contient pourtant qu’une poignée des attaques d’origine islamiste ayant eu lieu lors des dernières années sur le sol européen. La terreur djihadiste frappe indistinctement l’Espagne, le Royaume-Uni, la France, la Belgique, l’Allemagne, la Suède, l’Autriche… Elle nous a dramatiquement habitué à cohabiter avec l’inhumanité, avec l’atrocité, avec les morts et les traumatismes. Elle fait régner à dessein un climat de peur sur notre Europe et elle nous impose des scènes de guerre sur un continent qui a fait le choix de la paix depuis 70 ans.

Plus que de simples chiffres, ce sont des vies effacées sans une once de pitié, ce sont des familles sans cesse endeuillées, ce sont des images que nous ne voulons plus voir au sein de notre civilisation, ce sont des victimes brutalisées… Plus que les attentats déjà (trop) nombreux et qui prennent l’Europe comme principale cible – rien que de 2014 à 2017, ce ne sont pas moins de 32 attaques terroristes qui ont déferlé sur notre continent1 -, la menace est permanente. En effet, les assauts des terroristes font bien entendu grand bruit, mais le nombre inestimable d’attentats déjoués chaque année est tout aussi préoccupant. Les efforts de lutte antiterroriste à l’échelle européenne portent heureusement leurs fruits, l’on peut relever notamment : l’arrestation en septembre 2018 de sept partisans de l’État islamique aux Pays-Bas qui complotaient pour attaquer un événement public avec des fusils d’assaut et des grenades2 ou les chiffres du ministère de l’intérieur français qui affirmait en 2019 avoir déjoué 59 attentats en six ans3.  

 Rien que de 2014 à 2017, ce ne sont pas moins de 32 attaques terroristes qui ont déferlé sur notre continent.

Autre fait inquiétant, révélant que la guerre islamiste déclarée à l’Europe est loin d’être terminée, c’est le « réservoir » de potentiels djihadistes présents en son sol. Un récente étude parlementaire allemande datant de novembre 2018 fixait le nombre d’extrémistes islamistes à plus de 25 000 sur le territoire allemand. De même, en France, plus de 20 000 personnes figurent sur une liste de surveillance de radicaux potentiellement violents (pas seulement en lien avec l’islamisme néanmoins), dont 4 000 considérés comme dangereux et surveillés de près. C’est donc un ennemi à la fois invisible et omniprésent, aussi imprévisible que redoutable.

1- Lorenzo Vidino, Francesco Marone, Eva Entenmann, « Fear thy neighbor : radicalization and jihadist attacks in the West », 2017

2- Jean-Pierre Stroobants, Le Monde, « Pays-Bas : un attentat contre un grand évènement déjoué », 28 septembre 2018

3- Léa Salamé, Nicolas Demorand, France Inter, « Attaque à la préfecture de police : Christophe Castaner souhaite un signalement automatique pour toute alerte », 7 octobre 2019

L’identification nécessaire de l’ennemi de l’Europe

Par ces actes terroristes innommables, l’objectif de l’idéologie islamiste est clair : attaquer les valeurs qui nous unissent et nous divisent sur le long-terme. Mais au lieu de faire le choix du repli et de la réponse uniquement nationale, les pays d’Europe se doivent de rester unis face à un ennemi partagé qui ébranle leur civilisation et leur héritage commun. Ici, reprenons la théorie des relations internationales fondée par Carl Schmitt et Julien Freund reposant sur la dialectique ami/ennemi. Bien qu’assez controversée, en ce sens qu’elle impose une certaine perpétualité à la guerre (bien loin des utopies pacifistes), cette thèse défendue par les deux philosophes allemands nous est utile pour appréhender la guerre déclarée par les djihadistes et surtout pour avoir le courage de riposter. En effet, dans cette vision, l’identification de l’ennemi fonde l’essence du politique. Julien Freund prend appui sur la dialectique ami/ennemi pour affirmer que les conflits sont absolument inhérents au politique et donc inévitables pour l’homme. En plus d’identifier clairement l’ennemi islamiste, cette vision peut donner l’opportunité à l’Europe de retrouver du sens politique !

L’objectif de l’idéologie islamiste est clair : attaquer les valeurs qui nous unissent et nous divisent sur le long-terme.

Par ailleurs, dans sa théorie, Freund dresse également une distinction entre l’ennemi privé (intérieur) et l’ennemi public (politique). Ainsi, si une opposition tend vers la distinction ami/ennemi, elle devient politique car « il ne saurait y avoir de politique sans un ennemi réel ou virtuel »4. Ce dernier point est intéressant puisqu’il met en évidence une rupture contemporaine : notre ennemi (ici, islamiste) n’est plus extérieur, ce n’est plus un Etat, il est extrêmement diffus et s’implante à l’intérieur même de nos frontières. Ce qui produit naturellement une grande complexité pour le combattre, voire pour le vaincre à terme… 

Cette difficulté ne doit jamais nous pousser à relâcher nos efforts, ou pire à renoncer lâchement face à cette guerre menée sans trêve à l’intérieur de notre continent. Elle doit au contraire mobiliser toutes nos forces pour reprendre en main la sécurité des citoyens européens et pour assurer la paix qui nous est si chère. L’ennemi est clairement identifié, il est à nos portes, il est à la fois à l’intérieur de notre Europe mais il envoie aussi des soldats martyrs de Syrie ou d’Irak prêts à tout pour porter leur cause barbare. 

4- Julien Freund, L’essence du politique, 1965

Les islamistes recherchent la désunion, ils auront l’indivisibilité

Face à cette menace toujours grandissante, il n’y plus de temps pour la naïveté. L’Europe doit défendre son peuple, ses valeurs, prouver qu’elle est à la hauteur des défis de notre temps. Les discours ont changé de nature, après les attentats récents de Nice ou de Vienne, les pays européens ont su réagir de la manière la plus ferme possible dans la condamnation de ces horreurs : le Président Macron reprenant justement la dialectique ami/ennemi dans un tweet en réaction à l’attentat touchant la capitale autrichienne (« c’est un pays ami qui est attaqué. C’est notre Europe. Nos ennemis doivent savoir à qui ils ont affaire. ») ou la chancelière Merkel déclarant que « le terrorisme islamiste est notre ennemi commun ». 

L’Europe doit défendre son peuple, ses valeurs, prouver qu’elle est à la hauteur des défis de notre temps.

A côté des paroles, des actes sont nécessaires, comme les opérations extérieures menées au Sahel pour lutter contre le terrorisme islamiste (les Français étaient d’abord seuls mais ont été rejoints sur le terrain par plusieurs pays européens : Belgique, Danemark, Pays-Bas, Estonie, Portugal) ; ces efforts doivent être foncièrement poursuivis. Autre forme symbolique de solidarité européenne dans ce destin tragique commun : des hommages ont été rendus à Samuel Paty dans les écoles allemandes, grecques, néerlandaises, autrichiennes… Aussi, en parallèle des récentes polémiques liées à la liberté d’expression en France, il y eut notamment le président turc Erdogan qui appela au boycott des produits français en remettant en cause la « santé mentale » de Macron, la solidarité européenne fut sans équivoque : la très grande majorité des Etats membres de l’Union européenne ont apporté leur soutien fort à la France. 

Ainsi, dans ce contexte inédit, c’est aujourd’hui qu’une véritable stratégie européenne doit être définie contre ceux qui souhaitent mettre à mal l’unité européenne, c’est aujourd’hui qu’une véritable vision géopolitique doit être mise en œuvre, c’est aujourd’hui que la (vieille) ambition d’une défense et d’une armée européennes doit être achevée.

L’auteur

Lucas Da Silva

Comment la droite est devenue (malgré elle) l’enjeu de l’élection présidentielle

Pourquoi la France est encore plus de droite ?

Voilà pourquoi je pense que la droite sera l’enjeu de l’élection. Si elle arrive à proposer un projet de société ambitieux et attirant, loin des images de vieux républicains que certains entretiennent, alors la plupart des jeunes Français « apolitiques » et déçus par tous les gouvernements du 21ème siècle pourront très bien voter pour elle.

Cela faisait bien longtemps que la France n’avait pas été autant à droite. En juillet 2020, Jérôme Fourquet, de l’institut de sondage Ifop, analysait pour « Le Point » la vivacité du clivage droite/gauche au profit de la droite en France. Il déclarait que 39% des sondés se disaient à droite, 32% au centre et seulement 13% à gauche. En clair, on observe donc une nette majorité à droite, ainsi que beaucoup de gens « à convaincre ». En effet, se dire « au centre » est pour beaucoup une manière de se déclarer apolitique ; or, les manifestations des gilets jaunes ont montré que la plupart des apolitiques étaient sympathisants de certaines idées de la droite, notamment concernant la pression fiscale. 

Quant à la gauche, il semblerait que ses orientations progressistes (pro-LGBT, pro-migrants, anti-Etat, anti-flic, néo-féministes,etc.) n’intéressent presque plus personne, si ce n’est certains jeunes vivant à travers les filtres d’Instagram ou Twitter (ce qui expliquerait peut-être pourquoi la gauche veut abaisser le droit de vote à 16 ans). Les gens qui vivent dans le monde réel, eux, n’ont pas les mêmes priorités. La gauche ne séduit plus ; même dans son propre camp, on y annonce la fin du règne de Jean-Luc Mélenchon, tandis que le Parti socialiste est mort et enterré par Benoît Hamon. On ne sait pas qui reprendra la tête de la France Insoumise, et on ne sait pas quoi faire de ces fichus écolos.

Et En Marche dans tout ça ? Car eux aussi paraissent disparaître. Leur seule raison d’être semble maintenant de faire barrage au RN. On ne vote plus « pour » LREM, mais « contre » le RN. Pourtant, dans un premier temps, on aurait pu croire à une alliance avec les verts. Cela aurait permis de séparer la gauche de son allié écolo, tout en gardant la droite la plus molle (tirant vers le centre) avec LREM. C’est d’ailleurs ce qu’il s’est passé dans certaines villes pour les municipales, comme à Angers. A Angers le maire sortant Christophe Béchu, fut un des premiers à quitter les Républicains pour se rallier à En Marche (il est notamment proche d’Edouard Philippe). Pour les municipales de 2020, M. Béchu a fait du ménage dans sa liste : il s’est débarrassé de la droite « catho » qui avait permis son élection, pour les remplacer par des proches Europe Ecologie les Verts. Il a ainsi formé une alliance d’une certaine droite progressiste et libertaire. Une stratégie gagnante puisqu’il a remporté les élections dès le premier tour. 

Et si LREM a bien compris que désormais la France n’était plus de gauche, elle compte bien en faire son affaire.

Mais non, En Marche, en traitant les écolos d’amish, s’est définitivement écarté de cette possibilité. Au lieu de nous faire une Béchu, LREM semble vouloir nous faire une Sarkozy. Qu’est-ce que c’est qu’une Sarkozy, me direz-vous ? C’est quand Nicolas Sarkozy, pour sa campagne de 2007, fait appel au conseiller Patrick Buisson pour voler l’électorat du FN. En se présentant comme la droite forte, la droite identitaire qui va « nettoyer les cités au karcher », il arrive à rassembler l’électorat qui avait envoyé Le Pen au second tour de la présidentielle en 2002. Alors quand je vois Gérald Darmanin vouloir se lancer dans une guerre contre le trafic de drogue et les étrangers fichés S, Jean-Michel Blanquer dénoncer “l’islamo-gauchisme” dans les universités, Marlène Schiappa faire la chasse aux clandestins violeurs, et notre Président déclarer haut et fort le danger islamiste, je me dis qu’il y a comme un sentiment de déjà vu. De manière plus générale, la multiplication des attaques terroristes ces dernières semaines a prédisposée l’opinion publique à un type de discours conservateur. En effet, les Français semblent avoir compris le danger réel que représente l’islamisme, et assument de faire primer la sécurité et la liberté sur le vivre-ensemble et le politiquement correct. Et si LREM a bien compris que désormais la France n’était plus de gauche, elle compte bien en faire son affaire.

Pour comprendre ce tournant dans l’opinion publique, il faut comprendre deux notions. La première est bien sûr celle d’hégémonie culturelle, du marxiste Antonio Gramsci : la mainmise de la gauche ou de la droite sur la culture lui garantit la victoire de bataille des idées sur le long terme. Ainsi, si entre les années 60 et les années 90 la gauche jouissait du quasi-monopole de la culture, et même de la culture populaire (ce qui lui a permis de porter Mitterrand au pouvoir en 81), depuis plusieurs années, la droite et ses intellectuels ont investi la culture et semblent reprendre l’avantage, que ce soit à la radio (SudRadio, Europe 1), à la télévision (Cnews, Paris-première), mais surtout sur internet (en particulier sur Twitter), où la plupart des influenceurs se moquent allègrement des délires progressistes du camp d’en face. Le dernier bastion de la gauche restant l’université, mais qui s’affaiblit néanmoins face au syndicalisme étudiant conservateur et pourfendeur des excès dans le domaine académique (UNI, Cocarde). La deuxième notion à retenir est le mouvement dit “dextrogyre”, théorisé par l’historien du droit et maître de conférence Guillaume Bernard, qui décrit comment la droite a repris le monopole de la création d’idées politiques (qui était avant aux mains de la gauche ; Albert Thibaudet parlait alors de mouvement “sinistrogyre”). Ce monopole a permis à la droite de s’imposer dans le débat d’idées, en dictant tant les thèmes que le vocabulaire utilisé. Même si cette route est encore longue (nombreux sont ceux à vouloir laisser 2022 à Macron pour ne mobiliser la droite et l’unifier qu’à partir de 2027), les choses sont en bonne voie pour la droite.

La question de la présidence des Républicains

Se pose donc la question de LR et de sa présidence ; car que ce soit bien clair : LR ne gagnera jamais seul. Il est trop tard pour cela, les jours de gloire des Républicains sont loin derrière eux. L’heure est à l’humilité et aux alliances. Et c’est bien la tête de LR qui choisira ce jeu d’alliance. Voilà deux des scénarios qui me paraissent possibles.

« Le cas Xavier Bertrand » : l’ancien conseiller général, député, ministre du travail et de la santé, secrétaire général de l’UMP qui avait quitté LR dans la débâcle, semble vouloir revenir pour achever le travail. Celui qui déclarait il n’y a pas si longtemps que son ennemi numéro 1 restait le RN, et qui préconise toujours une alliance avec Macron sera la fin de LR comme parti d’une droite dure. Monsieur Bertrand se la jouera faussement sécuritaire et conservateur pour rester crédible (et électoraliste), il fera une alliance avec Macron au second tour pour diaboliser le RN, et créera un énième gouvernement laxiste, progressiste et mondialiste. 

Que ce soit bien clair : LR ne gagnera jamais seul.

« La primaire » : C’est, de loin, le scénario le plus intéressant. Une primaire, ouverte à tous, pour la droite. Au préalable de l’élection, la droite pourrait voter pour celui ou celle qui la représenterait le mieux. Chez LR, des personnalités comme Bruno Retailleau semblent soutenir une telle initiative. Il s’agit de cette nouvelle droite, jeune, fière de ses idées, qui n’a pas peur d’être conservatrice, à la manière de François Xavier Bellamy. Mais des outsiders seraient également possibles : Philippe de Villiers, Charles Gave, ou même Marion Maréchal. Comme le dit très bien le professeur Guillaume Bernard, une primaire commune à la droite serait le meilleur moyen de se mettre d’accord et d’avancer groupé dès le début. 

Bien d’autres scénarios sont possibles, mais ce qui est sûr, c’est que c’est bien autour de cet électorat de droite que se jouera la victoire.

Que doit proposer la droite ?

Je pense que la droite doit être plus visionnaire. Soyons francs, entre nous, cela fait longtemps que la droite ne fait plus envie. Pour les jeunes de 18-25 ans, la droite c’est surtout le parti des vieux riches pour qui votent papi et mamie. Tandis que, pour beaucoup, la gauche c’est le côté « cool », jeune, qui se bat pour le progrès, etc… 

La droite d’aujourd’hui doit s’adresser à un électorat qui va bien au-delà de ses terrains conquis. Elle doit parler à cette France périphérique qui compose la majorité de notre pays, qui le fait vivre, qui endure des politiques publiques de plus en plus déconnectées des réalités. Cette France qui est restée silencieuse pendant longtemps, mais qui a décidé de ne plus se laisser faire. C’est la France qui avait dit non à Maastricht et à Lisbonne, et qu’on avait ignorée. C’est la France des gilets jaunes de la première heure, qui voulait pouvoir vivre de son travail. C’est la France qui en a marre de se heurter à la froideur de la bureaucratie administrative, ou au mépris des élites mondialistes, à chaque fois qu’elle cherche à faire part de son mal-être.

À cette France il faut lui proposer la liberté. La liberté d’expression, là où la gauche cherche sans cesse à criminaliser les discours pour rendre tel ou tel mot illégal, en les qualifiant d’homophobe, d’islamophobe, de grossophobe, de transphobe, etc.. La liberté économique également ; c’est-à-dire la liberté de pouvoir entreprendre, investir, épargner, sans crouler sous des taxes inutiles qui ne servent qu’à engraisser un Etat déjà obèse. 

Soyons francs, entre nous, cela fait longtemps que la droite ne fait plus envie.

Il faut lui proposer un véritable accès à l’éducation. Une éducation qui n’a pas peur d’être exigeante et ordonnée, mais aussi efficace et juste. Il faut qu’elle cultive la méritocratie ainsi que le goût de l’effort. Elle doit proposer des programmes ambitieux, et une méthodologie traditionnelle, loin des pédagogies faussement modernistes qu’on cherche à nous imposer.

La droite doit aussi proposer une identité, un attachement à notre histoire et nos valeurs, à notre héritage, sans distinction de couleur de peau, de sexe ou d’orientation sexuelle. Une identité vis-à-vis de laquelle les Français n’ont pas à s’excuser, et qui ne cherche pas à communautariser notre société, malgré les ambitions de certains de vouloir nous séparer sur la base de nos couleurs de peau. Malgré tous ses défauts (et Dieu sait qu’il en existe), la droite doit aimer la France, et surtout aimer les Français.

La question de l’écologie doit, par ailleurs, être au cœur de la droite de demain. La gauche veut abandonner le nucléaire, qui reste, à ce jour, la façon la plus efficace et la plus propre d’alimenter le pays en électricité. Et pourquoi ? Pour retourner à des centrales à charbon comme au 19ème siècle ? Non merci. 

À cette France il faut lui proposer la liberté.

Enfin, la question centrale de la droite doit être celle de la sécurité. Outre les attentats qui se sont multipliés au cours de la dernière décennie,  les chiffres de l’insécurité ont brisé tous les records. Il n’est pas normal que la sécurité de nos concitoyens soit menacée dans les désormais fameux territoires perdus de la République. La justice et les forces de l’ordre doivent travailler main dans la main afin de résoudre ce problème, et de permettre aux Français, et surtout aux Françaises, de pouvoir sortir la nuit en toute tranquillité.

Voilà pourquoi je pense que la droite sera l’enjeu de l’élection. Si elle arrive à proposer un projet de société ambitieux et attirant, loin des images de vieux républicains que certains entretiennent, alors la plupart des jeunes Français « apolitiques » et déçus par tous les gouvernements du 21ème siècle pourront très bien voter pour elle.

L’auteur

Maxime Feyssac

Le cannabis et l’impasse du conservatisme [2] : la légalisation

2e partie : la légalisation

Le texte suivant est la deuxième partie d’un article en deux volets portant sur la dépénalisation et la légalisation du cannabis en France, rédigés par Maxime Feyssac et Domitille Viel.

« Légaliser le cannabis ? Mais enfin, c’est une drogue dangereuse, on peut y être addict ! » En effet, et ça n’a rien à voir avec notre débat. La question n’est pas de savoir si vous êtes pour ou contre le cannabis. Refaites le monde, débattez-en passionnément, argumentez, incendiez vos adversaires, le résultat sera nul. Parmi tous ceux que j’ai écoutés parler de la légalisation du cannabis, beaucoup se trompaient de débat : ils se positionnaient pour ou contre le cannabis et non pas pour ou contre sa légalisation. Or les deux sont bien différents : on peut, comme moi, ne pas inciter à consommer mais militer pour la légalisation. Ça vous paraît paradoxal ? Rien ne vous paraîtra plus logique à la fin de votre lecture. Ainsi, il nous importera dans cette tribune de défendre la légalisation du cannabis dans notre pays, et non pas de défendre la consommation du cannabis.

Le cannabis cause aujourd’hui d’importants problèmes, nous sommes majoritairement d’accord sur ce point. Mais là où la doctrine conservatrice répond « répression », je réponds « légalisation ». Non pas que je veuille embaumer les rues d’une singulière odeur fleurie, mais la répression ne fonctionne pas. La politique conservatrice du cannabis est une impasse. C’est cette impasse qui m’appelle à prendre la parole. Prendre la parole pour dire « légalisons. » Pas « roulez jeunesse », mais « légalisons ». Et « légalisons » suppose avant tout « réglementons ».

Légaliser, c’est meilleur pour la santé ?

Paradoxalement, le premier argument que je traiterai ici est celui de la santé publique. Non pas que le cannabis soit la nouvelle potion magique de l’homéopathie, quoiqu’il puisse être thérapeutique, nous y reviendrons. La consommation de cannabis, pourtant, n’est pas un problème central de santé publique en France : il est impossible de mourir d’une overdose du cannabis, et on peine bien à trouver une seule mort dont il serait directement coupable. Pourtant, celui-ci complique le bon développement du cerveau, et sa consommation peut avoir des effets néfastes sur les poumons. Et ce qui cause le plus de soucis, c’est que les fumeurs ne savent pas ce qu’ils fument. La forme, puissance, et qualité du produit fumé varient largement d’un produit à l’autre. La teneur en THC dépend par exemple de la variété de marijuana utilisée, et peut être multipliée par 10 selon les modes de production, sur lesquels ni les consommateurs ni l’Etat français ne peuvent avoir de contrôle. On criminalise les producteurs, mais on leur offre un pouvoir sans bornes.

Sous ses apparences de politique de contrôle, son inefficacité permet au trafic de fleurir comme les champs de chanvre en automne.

Ceux que l’Etat doit le plus protéger en légalisant (et réglementant) le cannabis, ce sont nos jeunes. Combien de collégiens, curieux et excités de goûter à la fameuse substance, se sont vu acheter (souvent trop cher) un malheureux pochon marronnasse contenant un résidu poisseux et odorant, sans connaître sa véritable composition? La vérité leur aurait coupé l’excitation : le « bon shit » contenait-il de la semelle, du goudron, du cirage ? Les substances toxiques se déposeront au cœur de leurs poumons sans qu’ils n’en sachent rien, et sans qu’aucune autorité n’y fasse quoi que ce soit.

Ce laisser-faire, cet abandon, c’est le fait de l’actuelle politique de répression conservatrice. Sous ses apparences de politique de contrôle, son inefficacité permet au trafic de fleurir comme les champs de chanvre en automne. Mener une politique répressive aujourd’hui en France, c’est être plus lâche qu’efficace. C’est laisser les consommateurs et dealers faire exactement ce qu’ils veulent dans une ambiance générale de rien-à-foutre mêlée d’un léger sentiment de crainte face à une répression qui tombe arbitrairement comme un couperet, sans couper court aux réseaux de circulation du produit. Légaliser, au contraire, c’est appliquer une réglementation claire, cohérente et applicable au marché du cannabis, en soumettant ses producteurs à des règles afin d’informer et de protéger ses consommateurs. Voilà pourquoi légaliser permettrait le contrôle sur ce qui rentre sur le territoire français, puis dans les poumons des Français.

Avant d’aller accuser les rappeurs populaires de donner une bonne image de cette drogue, il serait peut-être temps de la nuancer en informant les jeunes sur ses effets, non ?

Informer et protéger les Français, cela implique aussi de mettre en place une réelle prévention. (lire à ce sujet la note passionnante de GL think tank) Les 80 élus républicains opposés à la légalisation exigent dans leur tribune : « Il faut expliquer aux jeunes les dégâts provoqués par les drogues en arrêtant de présenter le cannabis comme une expérience sympathique voire ludique. » Je suis d’accord avec eux. Cependant, la politique conservatrice est une impasse en matière de prévention. C’est pour cette raison que le pneumologue Bertrand Dautzenberg, président de l’Office français de la lutte anti-tabac, s’est déclaré favorable à une légalisation du cannabis. Un pneumologue, favorable à la légalisation d’un des pires ennemis de nos poumons ? Oui, parce que cette légalisation permettrait une meilleure réglementation et prévention, essentielles et pourtant négligées par la politique répressive actuelle. Si la prévention n’implique pas la légalisation, pourquoi n’a-t-elle pas déjà été largement mise en place ? Le tabou posé sur le cannabis pour ne surtout pas le banaliser n’a pas aidé à informer la jeunesse sur ses effets néfastes. Les conséquences de la drogue-dont-il-ne-faut-pas-prononcer-le-nom ne sont quasiment pas expliquées au collège, ni au lycée. C’est pourtant à cette période que les consommateurs y sont le plus vulnérables, puisque, sans vouloir les offenser, leurs cerveaux ne sont pas parfaitement développés avant leurs 15 ans. C’est également à cette période que l’on est le plus influençable par les stars de la musique qui font du cannabis un accessoire cool, un moyen d’impressionner Clémentine de la 4è B avec son allure de rebelle en soirée. Avant d’aller accuser les rappeurs populaires de donner une bonne image de cette drogue, il serait peut-être temps de la nuancer en informant les jeunes sur ses effets, non ?

La conduite en état d’ivresse est encore plus dangereuse que la conduite sous stupéfiants.

Je parle des plus jeunes car je considère, et j’espère, que les adultes sont plus raisonnables. Cependant, comme le soulignent les 80 élus LR, « En 2017, 23% des personnes décédées sur les routes ont été tuées dans un accident impliquant un conducteur sous l’emprise de stupéfiants. ». Ce chiffre révèle bien l’inefficacité de la politique répressive soi-disant sécuritaire. Il est donc également nécessaire de faire davantage de prévention auprès des conducteurs, et de mieux les contrôler. Les sanctions prévues pour les conducteurs contrôlés positifs au cannabis sont pourtant lourdes : jusqu’à 2 ans d’emprisonnement et 4500€ d’amende, et je ne vous parle des peines dans le cas où la consommation a été facteur d’un accident mortel. Malgré cela, la politique répressive ne fait pas ses preuves. Pourquoi ? Premièrement, les policiers et gendarmes ne peuvent complètement tester les conducteurs que depuis le 13 décembre 2016. Avant, le contrôle nécessitait une étude par du personnel médical, une prise de sang ou une analyse d’urine. Il était donc plus long, plus compliqué, donc moins souvent effectué. Ce test reste peu effectué par rapport aux contrôles d’alcoolémie, mais il menace les conducteurs d’une sanction bien plus lourde : en plus de la peine de prison et de l’amende précédemment évoquées, le conducteur positif au cannabis perd son permis pour trois jours, le temps que le préfet de son département décide de s’il suspend son permis pour quelques mois ou pas. Pourtant, la conduite en état d’ivresse est encore plus dangereuse que la conduite sous stupéfiants : le risque d’être responsable d’un accident mortel est multiplié par 1.8 lorsqu’on conduit sous cannabis ; par 17.8 lorsqu’on conduit alcoolisé.

Vous voulez encore une incohérence ? Même si le conducteur n’est pas sous l’effet du cannabis, il perd son permis et risque les lourdes sanctions. Pour l’alcool, la sanction ne s’applique que si l’alcoolémie est supérieure à un certain taux, car une très faible quantité d’alcool n’a pas d’effet sur la conduite. Pour le cannabis, pas de mesure : lorsque le test est positif, on ne sait pas si le cannabis est présent en quantité suffisante pour altérer la conduite. Pourtant, cette information est essentielle : les effets du cannabis durent environ une à deux heures après l’avoir fumé, mais reste détectable quatre à six heures après. Encore un problème sur lequel on ne se penche pas, alors qu’un processus de légalisation nous obligerait à prendre des mesures réellement efficaces pour protéger les Français.

Oui, cette « merde » comme le dit si bien notre ministre de l’intérieur, pourrait être utilisée pour guérir des maladies ou en atténuer les symptômes.

En plus de mieux protéger les Français, légaliser le cannabis pourrait nous permettre de les soigner. Oui, cette « merde » comme le dit si bien notre ministre de l’intérieur, pourrait être utilisée pour guérir des maladies ou en atténuer les symptômes. Mais même lorsqu’il s’agit de soigner, la France a beaucoup de mal avec l’usage du cannabis. Bonne nouvelle, il y a du nouveau : depuis le décret du 7 octobre 2020, « L’usage médical du cannabis est autorisé, dans le strict cadre de l’expérimentation, pour certaines indications thérapeutiques ou situations cliniques réfractaires aux traitements indiqués et accessibles ». L’usage du cannabis thérapeutique est encore très réglementé : l’expérimentation doit durer deux ans et se limiter à 3000 patients maximum. Un seul médicament peut actuellement être prescrit aux malades :  le Marinol (dronabinol), qui peut être utilisé dans le traitement des douleurs chroniques et cancéreuses, ainsi que le traitement de la perte de l’appétit.

Pourtant, le cannabis a de nombreuses vertus : il préviendrait les crises d’épilepsies, stimulerait l’appétit, serait utile pour lutter contre les douleurs chroniques, les tremblements de la maladie de parkinson, les douleurs de la sclérose en plaques, la progression de la maladie d’Alzheimer, le glaucome, ainsi que la dépression. Le cannabis pourrait même aider à lutter contre le cancer : il réduirait les effets secondaires de la chimiothérapie et aurait des propriétés anticancer. Sa légalisation pourrait alors paraître évidente, mais nombreux sont ceux qui s’en méfient encore. Rassurez-vous, ceux qui pourraient l’être pour de bonnes raisons, à savoir les scientifiques, sont en grande partie favorable à son expérimentation. C’est d’ailleurs le comité créé par l’ANSM (Agence Nationale de Sécurité du Médicament) qui a réclamé son expérimentation en France. Espérons que si l’expérience se révèle concluante, l’Etat saura admettre la réalité et s’appliquer à mettre en place des mesures qui y sont adaptées.

Légaliser, c’est mieux pour l’économie ?

Est-ce que vous avez idée de la fortune que représente la politique (inefficace) de répression ?

Prenez un trou béant dans les moyens de la sécurité intérieure. Ajoutez-y quelques belles cuillérées de policiers qui relèvent les infractions liées au cannabis ; vous savez, ceux qui manquent pour protéger les victimes d’agression, ou ceux qui manquent pour mieux lutter contre le terrorisme. Entre 2014 et 2015, 56% des infractions révélées par les forces de l’ordre étaient liées aux stupéfiants, dont 85% pour usage simple. Versez un grand bol de frais de détention : un prisonnier coûte environ 100€ par jour à l’Etat, et les infractions liées aux stupéfiants concernent près de 15% des détenus. Détenus qui, pour 60% d’entre eux, sont condamnés pour usage simple. (Observatoire international des prisons). Ce sont donc des fumeurs de beuh qui viennent aggraver la désastreuse surpopulation carcérale. Il ne faut pas vider les prisons, me répondrez-vous, il faut en construire d’autres ! Très bien, ajoutez donc à votre mixture environ 106 smic par place de prison que vous voulez construire. Rajoutez une poignée de procédures judiciaires et une grosse pincée de procédures pénales, pour bien encombrer les tribunaux et surcharger la justice. Mélangez bien, votre pâte gluante coûte 500 millions d’euros par an. Passez le tout au four, thermostat 8, pendant 50 bonnes années, et ressortissez-en un échec cuisant.

Mélangez bien, votre pâte gluante coûte 500 millions d’euros par an.

Pour cacher le cramé, recouvrez-le d’un glaçage au chocolat et de quelques amandes effilées pour arranger la misère. C’est ce que fait Gérald Darmanin. Ses amendes, elles, sont forfaitaires, et tout à fait inefficaces. Plusieurs personnalités, addictologues et associations ont élevé la voix contre cette mesure, comme Médecins du monde et la Ligue des droits de l’homme (LDH), qui ont déploré dans un Livre blanc l’« impasse » d’une mesure qui privilégie une réponse répressive plutôt que sanitaire. Elles dénoncent notamment un coût exorbitant pour les dépenses publiques, une dégradation de l’accès à la santé et à la prévention, des libertés bafouées, le non-respect des droits et la persistance des pratiques discriminatoires. 

Cette nouvelle mesure ne serait donc pas à la hauteur face à la quantité astronomique de Français qui consomment du cannabis : Selon une enquête de OFDT, on compterait dans la population âgée de 11 à 64 ans presque 17 millions de Français ayant expérimenté le cannabis. Parmi eux, 5 millions en consomment une fois dans l’année, et 700 000 tous les jours.

Ces chiffres font de la France le plus gros marché de cannabis en Europe. Qu’est-ce qu’on fait de ce marché ? On le laisse aux trafiquants ?

Ces chiffres font de la France le plus gros marché de cannabis en Europe. Qu’est-ce qu’on fait de ce marché ? On le laisse aux trafiquants ? C’est ce que l’Etat s’entête à faire depuis 1970. Sans vouloir déranger les trafiquants et criminels, je me permets de m’interroger sur la raison pour laquelle les entreprises légales, ou l’Etat, ne pourraient pas supplanter ce réseau dangereux, et ainsi faire tourner l’économie française qui en aurait bien besoin. J’ai entendu, déconcertée et déconcertée de ne pas en être surprise, qu’il était inacceptable de créer un marché du cannabis en France, parce que le cannabis, c’est pas bien. Premièrement, nous égarer dans des déblatérations sur le bien-fondé de l’existence de la plante sur terre et sa consommation par nombre de nos concitoyens ne mènera à rien. Deuxièmement, Il ne s’agit pas de mettre en place un marché du cannabis. Il s’agit de reprendre le contrôle sur celui qui existe déjà.  Je connais pourtant 80 députés Républicains qui ne sont pas du tout convaincus par ce plan. «Il faut vraiment être naïf pour croire que les réseaux criminels vont se laisser si facilement enlever les gains immenses du trafic de cannabis. », déclarent-ils. En effet, supplanter le trafic de drogue, enraciné depuis des années, en particulier dans ce qu’on appelle « les cités sensibles », est une tâche longue et difficile, mais elle en vaut le coup. Si le coût du cannabis légal est plus bas que celui des dealers, les usagers s’orienteront, par pure mécanique économique, vers le cannabis légal. Or, selon une étude de Terra Nova, un monopole légal en France rapporterait à l’Etat environ 1.8 milliards d’euros, soit environ le budget Français pour l’immigration, l’asile et l’intégration en 2020.

Mais Marlène Schiappa ne veut pas vendre de cannabis, parce que « la consommation de cannabis ça finance la traite d’êtres humains, ça finance les trafics de drogues plus dures et ça finance aussi partiellement le terrorisme ». Les choses illégales financent d’autres choses illégales, bravo. C’est pour cette raison que nombreux sont les consommateurs qui n’attendent que la légalisation, car engraisser le trafic illégal et potentiellement dangereux ne fait pas leur joie. La preuve : depuis qu’il est possible pour les Néerlandais d’acheter du cannabis légalement, près de 90% d’entre eux le font. Une seule solution pour couper les vivres aux réseaux de trafiquants, donc : ne plus obliger les consommateurs français à les financer. C’est bien pour cette raison que la plupart des dealers, apparemment plus lucides que certains politiques, sont contre la légalisation du cannabis. Perdre le marché français du cannabis ferait couler leur commerce et n’attirerait plus de nouvelles recrues dans leur Titanic. Pourtant, le Titanic fait aujourd’hui belle figure, et attire de nombreux jeunes qui ont plus intérêt à faire « de l’argent facile » que d’étudier. C’est en partie ce trafic qui provoque l’insécurité des quartiers, contre laquelle prétend lutter la nouvelle mesure d’amendes forfaitaires peu convaincante. Légaliser, au contraire, c’est avoir la lucidité de regarder la situation dans les yeux, et de prendre les mesures qui répondent à ce qu’est la réalité et non pas à ce qu’on voudrait qu’elle soit. Légaliser, c’est reprendre le contrôle sur ce vaste marché (à peine) sous-terrain qui étend ses griffes là où on les attend le moins et gangrène les cités.

Légaliser pour mieux lutter contre les drogues dures ?

Nos mêmes élus LR s’insurgent : « L’expression d’’usage récréatif’ est scandaleuse quand on parle de drogue, surtout quand on sait que pratiquement 100% des consommateurs d’héroïne ou de cocaïne ont commencé par le cannabis. » En effet, 96% de ceux qui consomment ces drogues ont déjà consommé du cannabis. Mais l’inverse n’est pas vrai pour autant. 100% des fumeurs de cannabis ne passent pas aux drogues dures.  La logique est biaisée : de la même manière, 100% des gagnants au loto y ont joué. Et pourtant, je ne vous promets pas les millions si vous y jouez demain. De la même manière, 97% de ceux qui ont consommé de la marijuana ont déjà consommé de l’alcool. Et pourtant, il vous est peu donné de voir vos grands-parents se rouler un joint après leur verre de vin.

Donc à ceux qui prétendent que « Le cannabis conduit à la coke !», félicitations, vous avancez un argument en faveur de la légalisation.

En fait, le cannabis est souvent une passerelle entre la consommation d’alcool et la consommation de drogues dures. C’est souvent la consommation d’alcool qui initie les consommateurs au cannabis, puis aux autres drogues. Mais si le cannabis ne crée pas le besoin de consommer des drogues dures, pourquoi 60% de ceux qui consomment du cannabis vont vers les drogues dures ? Parce que ce sont les drogues dures qui viennent à eux. Pourquoi ? Parce que les dealers auxquels ils achètent leur cannabis leur proposent d’autres drogues, ce qui n’arriverait pas s’ils achetaient leur cannabis dans des magasins réglementés.  Donc à ceux qui prétendent que « Le cannabis conduit à la coke !», félicitations, vous avancez un argument en faveur de la légalisation.

Marlène Schiappa me répondrait, comme sur le plateau de Bourdin direct, que les drogues dures avanceront leurs griffes menaçantes vers nos jeunes, car les dealers qui aujourd’hui vendent du cannabis vendront demain de l’héroïne. Dommage, c’est très peu probable. Petit cours d’économie : c’est la demande qui fait l’offre, rarement l’inverse. C’est parce qu’il y a une demande en cannabis que les dealers vendent du cannabis. Il y a beaucoup moins de demande de drogues dures, donc il y a beaucoup moins d’offre, de trafic, de dealers. Et non, les jeunes ne se tourneront probablement pas vers les drogues dures par goût de l’interdit. L’interdit attire lorsqu’il est déjà banalisé. Ce n’est pas le cas des drogues dures, qui évoquent largement plus l’image du junkie dans le caniveau que celle du mec badass. Si l’interdit attirait tant, la grande mode serait aux braquages et aux meurtres. Pas si courant dans la cour de récré, si ? S’il y avait une possibilité de créer un marché de drogues dures conséquent, croyez-moi, il existerait déjà.

L’auteur

Domitille Viel

Que passe le temps des bougies

Et si l’heure n’était plus aux marches blanches et aux bougies ? Plaidoyer pour l’action face à l’horreur.

« Pour que le mal triomphe seule suffit l’inaction des hommes de bien » E. BURKE

Comment avons-nous pu être aussi aveugles ? Aussi naïfs ? Comment avons-nous pu croire une seule seconde que nous allions arriver à abattre l’islamisme à travers l’inaction ? Ce texte ne sera pas de ceux qui appellent à l’espoir et à la réconciliation. Car nous avons porté des œillères trop longtemps ; trop longtemps pour croire que nous allions régler le problème à grands coups de vivre ensemble et de lois contre le séparatisme. Nous ne céderons rien. Jamais nous ne nous résoudrons à cohabiter avec la barbarie, jamais nous ne tolérerons les effusions de sang aux noms d’idées, quelles qu’elles soient. Laissons la pourriture sociétale hurler dans son caniveau relativiste « Il ne ne faut pas chercher la provocation !», «Pas d’amalgame », « Vous n’aurez pas notre haine », « Je condamne fermement ». Rangez vos bouquets de fleurs, vos bons sentiments et vos larmes virtuelles. Vous ne saisissez pas que vous passez complètement à côté de ce qui se joue juste devant vos yeux.  Ils n’auront pas votre haine ? On en est là ? Il faut quoi pour avoir votre haine alors ? Qu’on rassemble une foule de « mécréants » au Vel d’Hiv pour les déporter ? Nous ils ont notre haine, ils ont notre colère, et sans cette colère nous n’arriverons jamais à nous débarrasser d’eux.

Ce texte ne sera pas de ceux qui appellent à l’espoir et à la réconciliation.

 Le temps n’est plus aux marches blanches et aux bougies. On n’a pas chassé les nazis de France avec des hashtags et des discours plats. Car oui les islamistes sont comparables aux nazis : totalitaires, violents, obscurantistes, conquérants, etc. Quant à la division, la seule qui existe aujourd’hui, et qu’il est important d’établir clairement, est entre ceux qui veulent vivre en France selon nos lois, et ceux qui veulent voir mourir l’idée d’une France libre. Et ces derniers n’ont rien à faire en France ; rien.

Nos adolescences nous ont presque habitués à voir chaque année un nouvel attentat, et chaque année les mêmes réponses plates qui ne répondent en rien au problème. Combien d’autres enfants, femmes, hommes, journalistes, policiers, professeurs, prêtres, devront encore mourir à cause de notre couardise devant l’action ? La gesticulation et l’illusion d’action politique a fait son temps.

Les islamistes sont comparables aux nazis.

A situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles. Car cela en est bien une, de situation exceptionnelle. Faisons un rapide résumé : parcequ’un professeur d’histoire au collège a donné un cours sur la liberté d’expression en utilisant des illustrations de Charlie hebdo, il a été la victime d’une cabale regroupant parents d’élèves musulmans, imams, associations musulmanes et fonctionnaires de l’éducation nationale. On a divulgué ses informations sur internet, sa hiérarchie a refusé de le soutenir, on l’a accusé d’islamophobie. Les mêmes qui étaient tués en 2015 pour avoir montré des caricatures le sont encore aujourd’hui. Nous n’avons rien réglé.

Alors maintenant l’heure est aux actes. La liberté est un combat, un combat féroce, où les forces idéologiques finiront de toute façon pour s’éclater les unes contre les autres dans un vacarme terrifiant, quoi que vous y fassiez. Ainsi vont les conflits, vous ne faites que retarder l’inévitable avec vos belles paroles larmoyantes. Plus nous attendons, plus nous prenons le risque que cet affrontement nécessaire ne dégénère en un grand charnier national. Mais je suis bon prince, je vous laisserai aller en première ligne pour tenter de négocier, il me tarde de voir la prise de conscience soudaine de vos beaux esprits « humanistes » avec un canon au fond de la trachée. Allez combattre avec vos crayons et votre « amour universel ». On ne combat pas le barbarisme le plus brutal avec des idées, des mots, encore moins des fleurs ou des grands plans sociaux et urbains. On le démembre, on le brise mentalement et physiquement. On fait bloc, et pas uniquement sur les plateaux télé en mimant un air sombre et sérieux.  

Il me tarde de voir la prise de conscience soudaine de vos beaux esprits « humanistes » avec un canon au fond de la trachée.

Il est impératif de réaffirmer le principe de la liberté d’expression dans l’éducation nationale à travers la diffusion de ces caricatures dans les salles de classes dès cette semaine prochaine. Tous les élèves et parents qui trouveraient cela « islamophobe » sont invités à aller trouver un pays qui pratique encore le délit de blasphème pour y élire résidence. L’éducation républicaine c’est aussi l’apprentissage de la transgression, historiquement si chère à la gauche, que celle-ci soit sociétale, littéraire, philosophique ou religieuse. Apprendre à remettre en question nos croyances et l’objet de nos cultes, de la religion jusqu’à l’objet républicain, voilà le premier des impératifs pour une société apaisée. Il est également impératif de rendre illégales toutes les associations musulmanes présentant, selon les renseignements français, des liens de près ou de loin avec l’islamisme et notamment les Frères Musulmans. Il est impératif de s’assurer de la mise en place pour les juges de lignes directrices sur la détermination des peines encourues par les terroristes et leurs complices (à défaut de la peine de mort, les terroristes islamistes doivent passer le reste de leurs jours en prison). Il est urgent de s’assurer que l’islam en France ne tombe pas sous la seule influence de mouvements radicaux ; il est donc impératif d’établir le CFCM comme le seul représentant légitime des musulmans en France.

Les islamistes ne peuvent, pour une grande partie, pas être sauvés. Notre incapacité à agir vient du fait qu’il existe une telle faille entre nos esprits occidentaux modernes et les leurs que nous ne sommes pas à même de saisir les ressorts de ressentiment qui motivent leurs actions brutales. La question n’est pas la caricature religieuse, elle est bien plus englobante. C’est tout notre mode de vie qui est à l’origine de cette frustration, s’incarnant dans l’égorgement brutal et moyenâgeux comme outils de désinhibition. Céder sur notre droit à moquer les religions et leur prophète c’est petit à petit grignoter nos libertés constitutives. Nous devons refuser de cohabiter avec un système religieux ayant 500 ans de retard, sur le corps, la science, l’amour et la compréhension de l’homme. Vos petites bougies, vos drapeaux aux balcons et vos envolées lyriques sur la réaffirmation du principe de laïcité ne sont d’aucune utilité face au froid glacial d’une lame tenue par un individu dont le sentiment tribal se résume à la pensée suivante : « Toute critique de mon système de valeur est intolérable, je me dois de défendre mes croyances et si je meurs c’est en martyr, avec l’âme en paix. » On ne résonne pas la barbarie, on ne discute pas avec la pulsion vengeresse. Tout comme aucun violeur multirécidiviste n’a jamais pris subitement conscience de son comportement devant un collage féministe, aucune manifestation, aucune bougie, ne retiendra la lame de l’islamisme de trancher la jugulaire républicaine. 

Les auteurs

Etienne Le Reun

Maxime Feyssac

Le clivage gauche-droite fait de la résistance !

Un auteur de gauche, un auteur de droite, une conviction commune : réaffirmer leurs différences

Toujours solidement installé depuis la naissance de la République, le clivage gauche-droite a continuellement fait la pluie et le beau temps de la vie politique française depuis plus de deux siècles et s’est tellement ancré dans les coutumes nationales qu’il s’est propagé à l’international dans l’essentiel des régimes politiques libéraux. Pourtant, alors que rien ne semblait être en mesure de le défier, ce vieux clivage est aujourd’hui attaqué de toutes parts ; de nombreux représentants politiques rêvent de le voir disparaître mais une tradition si coriace ne peut être abattue aussi facilement qu’ils le prétendent… 

Un peu d’histoire pour commencer…

Ainsi, comment comprendre la nature du clivage gauche-droite sans retourner dans le passé ? Comment expliquer son caractère inaltérable sans s’intéresser au contexte de son apparition ? Selon certaines récentes études, environ 84% des Français parviendraient à se situer politiquement par rapport à la dichotomie gauche-droite1 et 58% de la communauté nationale se revendiquerait de gauche ou de droite2. Si ces constats sont justes, c’est bien que ce clivage traditionnel persiste, d’autant plus que les nombreux “centristes” (32% selon la première étude et 36% selon la seconde) se situent politiquement au regard de cet axe gauche-droite et non en dehors de celui-ci.

Pour revenir aux origines de cette division politique, il convient naturellement d’évoquer le contexte de la Révolution française. Traditionnellement, et de manière quelque peu stéréotypée, cette opposition s’est formée lors des débats qui ont vu le jour au sein de l’Assemblée constituante de 1789 (future Assemblée nationale). Le point de départ est simple et est apparu lors d’une question hautement symbolique et fondamentale pour l’écriture de la constitution républicaine : fallait-il maintenir l’autorité royale en attribuant au roi un droit de veto ? Spontanément, les opposants à la monarchie (les révolutionnaires) et tenants d’une assemblée souveraine se réunirent à gauche du président de l’assemblée ; à l’inverse, les députés favorables à une certaine sauvegarde du pouvoir royal (les contre-révolutionnaires) se rassemblèrent à droite.

Même si, au fil du temps, ce clivage historique s’est refondé en lien avec les évolutions de la société française, il garde en lui cette base inhérente. En effet, les grands principes et valeurs de la gauche et de la droite sont définis en partie par cet événement fondateur : 

  • dès ses origines, la droite a été plus attachée à l’ordre, à la sécurité et à l’autorité, à la défense de la tradition, à un pouvoir exécutif fort et personnifié, elle s’est toujours plus ou moins présentée comme conservatrice. 
  • dès ses fondements, la gauche a quant à elle été révolutionnaire dans le sens où elle a voulu renverser un ordre établi dans un espoir de progrès, elle a toujours aspiré à une société plus égalitaire et socialement plus juste, elle défend la tolérance et la solidarité.

Beaucoup veulent donc enterrer ce clivage gauche-droite vieux de deux siècles, mais ce serait faire fi des dynamiques profondes de la société française et être aveuglé par des ambitions électoralistes… 

Pour autant, ce serait une erreur de penser que cette opposition de valeurs fortes est immuable et resté inchangée à travers l’histoire. Ainsi, prenons l’exemple le plus frappant dans cette constante évolution du clivage : le libéralisme. Cette idéologie a été originellement portée par les ancêtres de la gauche dans une logique progressiste afin de mettre un terme à la monarchie. Le libéralisme incarnait l’émancipation individuelle, la liberté économique allant mener à l’égalité sociale, il représentait un faisceau révolutionnaire contre l’Ancien régime. Une fois en place, le libéralisme s’est progressivement déplacé à droite de l’échiquier politique dans une logique conservatrice ; il fallait en effet le défendre coûte que coûte face à une nouvelle idéologie défendue par la gauche : le socialisme. Alors, une fois la République sanctuarisée, le libéralisme ne nécessitait plus d’être légitimé par les “progressistes” et c’est la droite qui s’est largement accommodée de ce courant de pensée puisqu’il favorise des valeurs chères à celle-ci comme la liberté, la propriété privée, la non-intervention de l’Etat dans les affaires économiques… A contrario, la gauche, sans nécessairement trahir ses principes, ne s’est plus reconnue dans la défense du libéralisme puisqu’il était synonyme de capitalisme, d’inégalités et d’individualisme…   

Aujourd’hui, la bipolarisation gauche-droite est largement bousculée et décriée par toute une partie de la classe politico-médiatique. Selon certains, les partis de LREM (La République En Marche) et du RN (Rassemblement national) en premier lieu, une nouvelle opposition aurait supplanté l’ancienne : celle des mondialistes/européistes/libéraux contre les nationaux/souverainistes/protectionnistes. Beaucoup veulent donc enterrer ce clivage gauche-droite vieux de deux siècles, mais ce serait faire fi des dynamiques profondes de la société française et être aveuglé par des ambitions électoralistes… 

 1- Le positionnement des Francais sur un axe gauche-droite, Ifop -pour Le Point, juillet 2020.

2- La France des valeurs , quarante ans d’évolutions, Presse universitaire de Grenoble, collectif

Le vieux clivage gauche-droite traverse le nouveau monde macroniste

“Et de droite et de gauche”, c’était le projet d’Emmanuel Macron lors de la création d’En Marche en 2016, qui deviendra ensuite La République en Marche. En effet, malgré une volonté assumée du dépassement droite-gauche, LREM se confronte à la réalité d’un clivage qu’elle ne peut réfuter, et doit même se positionner par rapport à celui-ci. Lors des élections législatives de 2017, la stratégie du nouveau monde LREM était basée sur … le vieux monde de la gauche et de la droite. Ainsi, dans les circonscriptions historiquement de gauche, les candidats investis par le parti du Président étaient étonnamment issus de la gauche, et inversement dans les circonscriptions de droite ; première confrontation de ce nouveau monde à la réalité de la carte politique française. 

Lors des élections législatives de 2017, la stratégie du nouveau monde LREM était basée sur … le vieux monde de la gauche et de la droite.

La loi “Asile et Immigration” du 10 septembre 2018 de Gérard Collomb fut aussi le symbole de la persistance du clivage gauche-droite au sein de la majorité LREM. En effet, cette loi “pour une immigration maîtrisée, un droit d’asile effectif et une intégration réussie” fut critiquée et jugée trop autoritaire par une partie de la macronie. Face aux nombreux débats qui ont fracturé la jeune majorité, force est de constater que les députés sont naturellement revenus vers leurs origines partisanes, de droite ou de gauche. Ainsi, les parlementaires venant de la droite ont voté et soutenu le texte facilement, alors que ceux venant de gauche ont dû voter sous la contrainte d’une exclusion et certains se sont tout de même abstenus, premier signal de fracture (1 vote contre, 14 abstentions et 99 absents, la plupart d’ex PS ou militants associatifs de gauche). 

Au fil du quinquennat, de nombreux députés ont quitté les rangs de LREM, déçus pour certains de ce dépassement impossible, jugeant le mandat “trop à droite” pour d’autres ou plus généralement renvoyés pour ne pas avoir suivi la ligne officielle. Ainsi, sur les 312 marcheurs élus au Palais Bourbon en juin 2017, il en reste aujourd’hui 270. Cela au profit notamment de la création du groupe “Ecologie Démocratie Solidarité” sur sa gauche, et du renforcement du groupe “Agir ensemble” sur sa droite, preuve que ce clivage persiste y compris pour ceux qui souhaitaient, et souhaitent peut-être encore, le dépassement. 

Au fil du quinquennat, de nombreux députés ont quitté les rangs de LREM, déçus pour certains de ce dépassement impossible.

Si le pragmatisme est une qualité, le dépassement envisageable, l’union sacrée souhaitable, cela peut permettre de faire travailler des personnes de sensibilités différentes ensemble, mais cela ne pourra jamais faire disparaître les valeurs profondes, qu’elles soient de droite ou de gauche. 

Le clivage gauche-droite traverse aussi le Rassemblement National

Mais LREM n’est pas le seul mouvement à butter sur le dépassement du clivage gauche-droite. Le Rassemblement National qui se veut “ni de droite et ni de gauche”, comme l’affirme sa présidente Marine Le Pen, se questionne également. En effet, le RN, ex FN, fondé par Jean-Marie Le Pen en 1972 était classiquement un parti d’extrême droite, conservateur et nationaliste. Ce n’est qu’à partir de 2011 et l’arrivée à sa tête de Marine Le Pen que la stratégie change. A  la stratégie de communication dite de  “dédiabolisation”, s’est ajouté un changement de ligne, atténuant ainsi le côté conservateur du parti au profit d’une ligne plus sociale correspondant sociologiquement à son électorat majoritairement populaire. Si cette stratégie a permis au RN de progresser, et donc d’atténuer les critiques en son sein, la stagnation et le plafond de verre qui semble bloquer le parti font apparaître des tensions sur la ligne du mouvement. Les récentes déclarations et échanges entre Marion Maréchal et sa tante Marine Le Pen le montrent bien.

Entre combat culturel et combat social, le RN semble lui aussi se frotter à la réalité du clivage gauche-droite. 

Le RN de Marine n’est pas le même que celui de Marion. Plus qu’une divergence de personne, de stratégie ou de méthode, c’est bel et bien une différence de ligne politique qui les sépare. L’une, Marine, regarde à gauche ; l’autre, Marion, regarde à droite. Effectivement, les réflexes de Marine Le Pen sont sociaux quand ceux de sa nièce sont conservateurs. La présidente du RN s’oppose plus aisément à la mondialisation, aux banques, aux technocrates, jouant le peuple contre les élites ; quand Marion Maréchal s’oppose plus volontiers à l’islamisation, aux réformes sociétales et aux progressistes, jouant la France éternelle contre les dérives soixante-huitardes. La Loi Taubira de 2013 montrait déjà cet écart d’approche, Marine Le Pen refusant de participer à La Manif Pour Tous lorsque Marion Maréchal souhaitait une mobilisation du FN sur la question. Cet été encore, la discrétion de Marine Le Pen sur les sujets de société, avec le mouvement “Black Lives Matter” importé en Europe, a tranché avec le retour médiatique de Marion Maréchal affirmant “Je n’ai pas à m’excuser en tant que blanche et en tant que française.” 

Si Marine Le Pen a cru imposer sa ligne au sein du parti, en évinçant progressivement les anciens du FN et son père Jean-Marie, c’est bien le retour d’une ligne plus droitière qui refait surface par de nouveaux élus et sa nièce Marion. Cette ligne plus libérale économiquement et assurément conservatrice, défendue par Marion Maréchal, Robert Ménard et Gilbert Collard, voit dans la droite française une potentielle alliée pour gouverner. A l’inverse, la ligne actuelle populiste et sociale, défendue par Marine Le Pen, Steeve Briois et anciennement Florian Philippot, y voit un véritable adversaire et pense devoir gagner seule contre elle. Entre combat culturel et combat social, le RN semble lui aussi se frotter à la réalité du clivage gauche-droite. 

Le danger d’un nouveau clivage social et territorial 

Le clivage gauche-droite est alors une division profonde qui questionne le citoyen sur sa perception de la société et sur sa vision de l’avenir, c’est un rapport au monde. Vouloir conserver ce qui doit l’être ou vouloir changer pour toujours progresser est une différence profonde entre la droite et la gauche. L’aspiration à la Liberté ou une volonté d’Égalité représentent aussi une question fondamentale qui traverse chaque réflexion. Ces questions et ces positions sont personnelles, idéologiques et même philosophiques, cela traverse les âges, les classes sociales ou les origines.   

Le clivage n’étant plus seulement intellectuel, philosophique et historique, il en devient social et territorial.

La nouvelle opposition “mondialiste contre nationaliste” est en revanche un clivage social et territorial, entre ceux qui réussissent économiquement, socialement et culturellement dans la mondialisation et ceux qui y trouvent des diffucltés. Ainsi, au second tour de la présidentielle de 2017, 90% des Parisiens ont choisi Emmanuel Macron ; à l’inverse, les territoires plus sinistrés du Nord et de l’Est ont massivement voté pour Marine Le Pen. Ce nouveau clivage est un ressenti individuel par rapport à sa situation actuelle. La fracture ne fait alors que se renforcer entre les Somewhere, “ceux de quelque part” et les Anywhere, “ceux de partout”, comme l’explique David Goodhart dans The road to somewhere : the populist revolt and the future of politics. 3 Il semble donc y avoir une réalité sociologique à ce nouveau clivage, mais la société “s’archipelise”4 comme l’explique Jérôme Fourquet, elle se fracture et se tend. Cela est-il souhaitable dans une démocratie ?

Si le mouvement d’Emmanuel Macron en 2017 constitue pour certains l’alliance de la bourgeoisie de droite et celle de gauche, on peut également constater que la contestation des Gilets Jaunes en est la réponse, avec l’alliance des classes populaires de droite et celles de gauche. Le clivage n’étant plus seulement intellectuel, philosophique et historique, il en devient social et territorial : deux sociétés diamétralement opposées se font face. L’une qui vit et croit dans le système face à une autre qui ne lui fait plus confiance et ne veut plus y croire dans une No Society5, comme le décrit Christophe Guilluy. 

Pour réussir à sortir de cette crise de confiance, pour parvenir à réunir le peuple français qui semble inconciliable, la droite et la gauche françaises, qui ont exercé et déçu, doivent faire le point sur leurs erreurs et leurs trahisons passées et prouver ainsi qu’elles ont encore quelque chose à dire…

3-  David Goodhart, The Road to Somewhere: The Populist Revolt and the Future of Politics, C Hurst & Co Publishers Ltd, 2017. 

4- Jérôme Fourquet, L’archipel français, Le Seuil, 2019

5-  Christophe Guilluy, No Society : La fin de la classe moyenne occidentale, Flammarion, 2019.

“Ce que la gauche a encore à dire” 

La gauche française historique et socialiste a reçu un véritable coup de massue lors des élections présidentielles de 2017. Son candidat, Benoît Hamon, rejeté par toute une partie de sa propre famille politique, n’a jamais su rassembler son camp et convaincre la gauche. Cette défaite constitua un désastre pour le Parti socialiste qui plongea dans une crise sans précédent et qui semblait pratiquement signer son arrêt de mort… Même si la gauche française ne peut se résumer au simple PS, elle ne peut non plus se reconnaître durablement dans la ligne défendue par Jean-Luc Mélenchon et ses Insoumis qui jouent clairement le jeu de l’affrontement entre “peuple” et “élites” et de la division interne en n’acceptant aucune “union de la gauche”. 

C’est dans de telles épreuves que l’on est susceptible de se réinventer et de prouver sa valeur propre.

La gauche française, tout comme son meilleur ennemi (la droite), est aujourd’hui confrontée à un défi de taille qui peut justement participer à sa renaissance. C’est dans de telles épreuves que l’on est susceptible de se réinventer et de prouver sa valeur propre. La gauche doit ainsi démontrer que ceux qui participent à la disparition de la dichotomie gauche-droite ont intérêt à la voir se réaliser dans une démarche électoraliste et qu’ils n’ont certainement pas gagné la bataille des idées. A l’approche de 2022, mais aussi dans une vision de long-terme, voici les grandes problématiques et sources de division que la gauche française doit résoudre :

La question européenne : c’était l’une des causes centrales du dissentiment opposant Hamon et Mélenchon en 2017. Le premier affirmait avec fierté son attachement à l’Union européenne : “je ne jouerai pas l’Europe à la roulette russe”, déclarait-il ; le second, rompant avec la tradition multilatéraliste de gauche, menaçait de quitter l’Union européenne en cas d’échec de renégociation des traités européens. Il faut ici se souvenir que le projet européen a toujours été porté et défendu par les personnalités socialistes : de Jean Jaurès dès le début du XXe siècle (évoquant “une première organisation de l’Europe, préparant et ébauchant une alliance plus vaste, l’alliance européenne pour le travail et pour la paix6), en passant par François Mitterrand et Jacques Delors dans les années 1980-1990 (donnant notamment une dimension politique à la construction européenne, et non plus seulement économique), jusqu’à François Hollande (défendant corps et âme l’unité européenne au moment de la crise grecque de 2015), l’idée européenne se trouve au coeur des grandes idées de gauche. Il ne s’agit pas d’occulter les difficultés d’ordre idéologique – (néo)libéralisme à outrance, manque de démocratie et de politiques sociales, mise en concurrence des pays – auxquelles se retrouve confronté tout socialiste dans l’évolution de la construction européenne, il s’agit à l’inverse d’instaurer un rapport de force propre à la gauche. En effet, il faut rappeler que la dimension de “lutte” est primordiale chez elle, comment pourrait-elle se contenter d’abandonner et de donner raison à ceux qu’elle combat ? La gauche ne peut se permettre de jouer le jeu du repli sur soi, au risque de trahir ses principes, mais surtout de créer des tensions dans l’Europe où règne la paix depuis 70 ans, si chère à la gauche… En outre, il apparaît évident que l’Union européenne constitue l’échelon pertinent pour répondre à des enjeux cruciaux tels que le défi climatique (pensons au fameux Green Deal), le maintien d’une place de prestige dans l’économie internationale, l’emploi, la prise en charge des immigrés, l’aide au développement des pays les moins avancés… Tant de sujets chers à la gauche qu’il est nécessaire de porter sans cesse sur l’agenda européen.

La question de l’identité : c’est une véritable poudrière capable de mener à de graves divisions irréconciliables.

La question de l’identité : c’est une véritable poudrière capable de mener à de graves divisions irréconciliables, le combat idéologique entre les “universalistes” et les “identitaires” ne fait que commencer… La gauche, toujours attachée à l’égalité et à la lutte contre toutes formes de discriminations, se retrouve aujourd’hui coincée dans un étau : poursuivre son attachement à la laïcité française et à l’universalisme républicain ou à l’inverse épouser le discours “identitaire” qui entend mettre en lumière les différences (“raciales”, de religion, de genre, d’orientation sexuelle…) pour mieux effacer les discriminations. Ainsi, pour la gauche, il ne s’agit pas de se voiler la face : il faut évidemment se battre chaque jour pour faire avancer l’égalité de conditions et de traitement entre tous les citoyens français. En revanche, faire sienne la logique identitariste s’avérerait dangereux puisqu’elle comporte en elle la tentation d’un repli communautariste, la censure et la fragmentation des luttes sociales. La gauche s’est toujours employée à expliquer les maux et les souffrances de la société en gardant à l’esprit le prisme “social” (pensons à l’immortelle lutte des classes), et non pas “identitaire” ! Comment un tel retournement de valeur a-t-il pu s’opérer alors même que c’est le propre de la droite et encore plus de l’extrême-droite de flatter l’identité et de défendre sa portée… La gauche, comme sa fille la République, doit être aveugle aux différences humaines – qu’importe leur nature – et doit encourager l’accomplissement d’un modèle universel plus abouti, réellement égalitaire. Comment pourrait-on omettre que l’ultime rêve de la gauche est la “convergence des luttes”, l’union de toutes les gauches dans l’héritage du Front populaire, dans une optique de défense de l’égalité du peuple dans son ensemble mais surtout pas de promotion de communautés particulières…

La question écologique et la question sociale qui la sous-tend : il s’agit sans doute du point le plus consensuel chez la gauche contemporaine, surtout au regard des deux grandes problématiques soulevées auparavant. Mieux encore, c’est cette thématique qui semble en mesure de faire gagner la gauche aux prochaines élections : si elle parvient à construire un projet cohérent autour de la question environnementale et qu’elle convainc le peuple français – de plus en plus acquis à la cause – qu’elle représente la meilleure offre politique pour avancer sur cette impérieuse question. En effet, il est clair que l’écologie politique est née à gauche. Par humanisme, par solidarité, par volonté de coopération internationale, par la mise en évidence d’un seul et même genre humain, par l’ouverture de la “sphère de considération morale” à l’égard des autres êtres vivants (en particulier des animaux non-humains), par la remise en cause du système aussi, l’écologie politique comporte en elle une dimension révolutionnaire propre à la gauche. Ainsi, il est indispensable de sortir d’une vision caricaturale de l’écologie qui serait une forme de lubie provenant des “bobos” des grandes villes et qu’elle exigerait de bénéficier de hauts revenus pour l’achat des produits respectueux de l’environnement. Il est urgent de renverser cette tendance ; sur ce sujet, et sur tant d’autres encore, la gauche doit abandonner sa dimension “élitiste” et relancer un dialogue sincère et ouvert vers son électorat historique : les classes populaires et précaires. La gauche doit relever ces défis : sortir d’une vision punitive et méprisante de l’écologie, faire prendre conscience aux milieux les plus pauvres qu’ils sont et resteront les premières victimes du dérèglement climatique (alors qu’ils ne participent en rien aux émissions totales de gaz à effet de serre notamment), convaincre le peuple qu’un projet écologique nous donnerait collectivement l’opportunité de réfléchir à nos modes de vie pour tendre vers une société soignée de ses comportements individualistes et égoïstes.

Battons nous pour les idées qui nous unissent et mettons toutes nos forces en commun pour que la gauche renaisse !

En définitive, la gauche française doit cesser de se diviser et de trahir les principes qui l’ont toujours définie, il est nécessaire qu’elle trouve des consensus sur les questions essentielles énoncées plus tôt, mais surtout il est urgent qu’elle renoue avec son identité. N’en déplaise à ceux qui rêvent de la voir disparaître, la gauche et ses idées ne mourront pas du jour au lendemain. Elle porte en elle des idéaux impérissables qui ont toujours accompagné les évolutions de notre monde, elle s’est sans cesse battue pour rendre le quotidien du peuple plus agréable et confortable, elle a perpétuellement pris la défense des opprimés, de tous ceux qui souffrent sans aucune distinction. Comme cela s’est déjà produit à de maintes reprises dans l’histoire (rappelons-nous de l’emblématique désunion entre les révolutionnaires et les réformateurs), la gauche apparaît aujourd’hui divisée sur un certain nombre de questions mais elle ne peut se laisser abattre. Rangeons les égos, mettons de côté les ambitions personnelles, favorisons le dialogue au sein de notre camp politique, battons nous pour les idées qui nous unissent et mettons toutes nos forces en commun pour que la gauche renaisse !

6-  Jean-Pierre Rioux, Entre guerre et paix : le monde nouveau vu par Jaurès, 2007

“Ce que la droite a encore à dire” 

Pour la droite, la vertu suprême est la prudence. Dans un monde qui change à grande vitesse, et dans lequel ces évolutions nous échappent et s’imposent à nous, il apparaît important de se rattacher à cette prudence. Cette vertu, c’est la modestie d’accepter que quelque chose nous dépasse, c’est notre nature, notre culture, notre civilisation. Déjà, les nombreux problèmes et maux de notre société semblent imposer les idées de la droite, cela étant confirmé sondage après sondage. Face à l’insécurité, le parti de l’ordre. Face à l’imposition et aux réglementations excessives, la liberté économique. Face à la perte de repères, le retour aux valeurs. Mais plus que sur de simples propositions techniques, la droite a encore beaucoup à dire, parce que la droite, et seulement elle, peut trouver le chemin étroit pour sauvegarder notre mode de vie. Ce chemin étroit est une ligne de crête entre deux excès, pour conserver ce qui doit l’être et réformer ce qui est nécessaire. Effectivement, il s’agit de renouer avec l’histoire et de préserver notre civilisation. Renouer avec la réussite économique, la croissance et le développement, tout en préservant les traditions, valeurs et règles qui font ce que nous sommes. En cela, les idéaux de la droite sont nécessaires car tout en gardant bon sens, pragmatisme et sens des réalités, ils s’appuient sur un rêve mystique, celui de la France éternelle et puissante.

La droite a encore beaucoup à dire, parce que la droite, et seulement elle, peut trouver le chemin étroit pour sauvegarder notre mode de vie.

Cependant, la droite d’aujourd’hui incarnée par le parti LR, ne semble plus convaincre une majorité de Français, alors même que ces derniers semblent plébisciter ses valeurs, symptôme encore visible de cette crise de confiance qui fracture nos démocraties. Il faut alors penser les questions qui empêchent aujourd’hui la droite de renouer avec la victoire, pour mieux penser les solutions qui lui permettront de relever ces défis :

l’épineuse question du bilan : si la droite a perdu, c’est que la droite a déçu. L’obsession d’une partie des “ténors” à regarder à gauche lorsque la base regarde à droite, la lâcheté d’opportunistes prêts à changer de discours en fonction des postes, l’habitude insupportable de certains à tirer contre leur propre camp et l’immobilisme de confort, ont rendu le personnel politique de droite caricaturé par les erreurs d’une minorité. Le formidable élan de la campagne de 2007 autour de Nicolas Sarkozy est encore dans le coeur politique des Français. Mais la violence de la crise économique mondiale de 2009, le manque de courage de certains conseillers et la violence médiatique ont alourdi cet élan. Il appartient donc à la nouvelle génération de droite, notamment celle de la vague bleue des municipales de 2014, de relever cet élan et de dresser le bilan des trente dernières années pour comprendre les erreurs du passé. Cette nouvelle génération se lève, elle n’est pas responsable du passé et compte bien assumer les valeurs et les solutions de droite. Ces nouveaux militants et ces nouveaux élus, reprennent le terrain des idées, du militantisme, de l’associatif et prouvent dans le réel que l’avenir de droite est bel et bien possible.

la question écologique : pour renouer avec la victoire, la droite devra relever le défi de l’écologie politique, et doit pour cela stopper le véritable hold-up de la gauche sur cet enjeu. En effet, la gauche n’a pas le monopole du vert. Au contraire même, les valeurs de l’écologie sont profondément de droite : l’idée d’être prudent vis-à-vis de la nature, de vouloir conserver la qualité de vie, la  biodiversité et les paysages. D’ailleurs, la caricature des nouveaux élus EELV alliés à la gauche, préférant l’idéologie rouge aux solutions vertes, laisse pleinement une place pour l’écologie de droite. En choisissant comme priorités la fin du nucléaire, la légalisation du cannabis ou la suppression des sapins de Noël, les nouveaux élus verts/rouges montrent le visage de leur parti, ils ne sont pas à eux seul l’écologie tout entière, mais ils sont une branche qui propose une certaine vision de l’écologie. Dès lors, une autre branche de solutions peut émerger, celle de l’écologie de droite, de la croissance verte et des solutions réalistes et non idéologiques. Le bilan de la droite en la matière est d’ailleurs très positif car c’est elle qui a créé le Ministère de l’Environnement en 1971, qui l’a transformé en Ministère de l’Écologie et du Développement durable en 2002, qui a fait le Grenelle de l’Environnement en 2007 et qui prouve à la tête des collectivités territoriales une réelle ambition pour l’écologie de solution. Il ne manque plus qu’une véritable ambition pour l’écologie, pour que la droite coche toutes les cases des préoccupations citoyennes. 

la question de l’incarnation : fort d’un maillage territorial colossal, d’un bilan de bonne gestion des collectivités, de valeurs solidement ancrées, d’une réalité qui semble lui donner raison, la droite a encore quelque chose à dire et à proposer à la France. Mais ce projet qui peut être rassembleur nécessite une mobilisation générale autour d’un chef. Car oui la droite c’est la culture du chef. Les débats de motions, de sémantiques, de propositions importent peu, car c’est seulement rassemblés autour d’un leader que la droite gagne. Non attachée à un parti ou à un nom, la droite française héritière du général de Gaulle aime le leadership et les grands rassemblements. RPF, UDF, RPR, UMP, LR, peu importe la terminologie ou la structure, c’est unis autour d’une figure forte qu’elle peut prendre tout son élan et retrouver toute sa force, comme ce fut autour du général de Gaulle, de Georges Pompidou, de Charles Pasqua, de Philippe Séguin, de Jacques Chirac, de Nicolas Sarkozy… Aujourd’hui, ce chef semble inconnu et la mobilisation impossible, mais tout comme la voix d’un chef s’est élevée en juin 1940 à Londres alors que tout semblait terminé, la voix d’un nouveau leader peut encore émerger… La droite ne manque pas de talents, ni de moyens pour faire émerger un chef. Il lui faut simplement le temps de la reconstruction de l’unité. 

Croire la droite terminée, c’est méconnaître son histoire et c’est oublier l’histoire politique qui est faite de hauts et de bas.

Croire la droite terminée, c’est méconnaître son histoire et c’est oublier l’histoire politique qui est faite de hauts et de bas. Aux européennes de 1999, la droite affichait un score de 12% et avait gagné trois ans plus tard la présidentielle ; inversement aux européennes de 2009, le parti du gouvernement était arrivé en tête et avait ensuite perdu tous les scrutins. Ce sont dans les moments compliqués que l’on peut mieux rebondir, car cette période invite au questionnement, permet d’éclairer sur les tempéraments de chacun et est propice à l’émergence de leaders. En renouant avec des défaites, la droite a en effet retrouvé le doute, et c’est ce doute qui lui permettra de reconquérir le pouvoir et qui l’invite à repenser sa politique. Ce doute doit lui permettre d’en finir avec les divisions et querelles intestines, d’en finir avec la honte de ses valeurs, de renouveler ses méthodes et de se réapproprier des sujets forts et cruciaux comme l’écologie, le travail et la sécurité. L’incertitude du monde laisse d’ailleurs apercevoir de vraies opportunités pour la droite, car partout dans le monde occidental la droite reprend pied en se reposant sereinement sur ce qu’elle est et en se recentrant sur les attentes du peuple, comme au Royaume-Uni avec Boris Johnson, en Autriche avec Sebastian Kurz ou en Grèce avec Kyriákos Mitsotákis. C’est cette droite fière d’elle même, populaire et moderne qui permettra un retour dans le coeur des citoyens et dans les urnes. 

Réconcilier la démocratie avec elle-même

Pour conclure, il apparaît évident que le clivage traditionnel opposant la gauche et le droite fait partie intégrante d’une démocratie de type parlementaire. Mais aujourd’hui il n’est plus expliqué, transmis ou assumé, il est en revanche caché, caricaturé et résumé entre deux partis politiques. Alors qu’il offre pourtant la possibilité constante d’offrir un débat d’idées constructif, de mener à des prises de position claires et sans ambiguïté (pas de « en même temps »), d’opposer des valeurs fortes qui ne peuvent rester floues et de s’inscrire dans un passé et une histoire. Le problème d’un nouveau clivage qui mettrait face à face les « mondialistes » vivant dans les métropoles et les « souverainistes » installés dans les campagnes, c’est que nous avons affaire à une opposition stéréotypée qui ne repose sur aucun positionnement intellectuel et historique. Pire encore, ceux qui voient un intérêt à construire cette dichotomie (Marine Le Pen et Emmanuel Macron en premier lieu) exacerbent des tensions territoriales et provoquent une forme d’irréconciliabilité dangereuse pour le devenir de la cohésion nationale. Au lieu de se combattre raisonnablement sur le plan des idées – propres à la gauche et à la droite -, ce nouveau clivage entend opposer les citoyens sur ce qu’ils sont (au lieu de ce qu’ils pensent) : citadins contre ruraux, « élites » contre « peuple », classe des éduqués supérieurs contre classe populaire, mondialistes contre patriotes… Comment faire société sur les bases d’un postulat si caricatural appelant à la fracturation de plus en plus poussée de la population ? Renonçons à l’aggravation de cette division nationale et tentons de réconcilier le peuple dans son ensemble en portant des projets politiques forts et rassembleurs, à l’aune du bon vieux clivage gauche-droite ! 

Les auteurs

Pierre Vitali

À la source de l’insécurité

Pourquoi parle-t-on aujourd’hui d’un « ensauvagement » de la France ?

Avez-vous déjà évité une rue ou un quartier en rentrant de soirée « juste au cas où » ? Vous êtes vous déjà retenu de mettre vos écouteurs dans la rue de nuit “ car on sait jamais » ? Connaissez -vous des gens qui insistent toujours pour que leurs amies ne rentrent pas seules « parce qu’à cette heure-ci ça craint » ? Si la réponse est oui, j’ai peut-être quelques éléments d’explications à vous fournir.

L’insécurité en France est un sujet en vogue ces jours-ci. Outre le Rassemblement National qui en a fait sa marque de fabrique, on a pu observer récemment le gouvernement dénoncer un « ensauvagement » et une insécurité montante, un peu à la manière de Nicolas Sarkozy durant sa campagne de 2007. Au cours de ce processus de clientélisme électoral, on a donc pu voir M. Gérard Darmanin engager un bras de fer avec les trafiquants de cannabis, tandis que Mme Marlène Schiappa militait pour l’expulsion des violeurs étrangers en situation irrégulière. Mais certains membres du gouvernement ne l’entendent pas de cette oreille-là, et dénient tout « ensauvagement » de la société. C’est par exemple le cas de M. Dupont-Moretti qui, lui, préfère parler d’un « sentiment » d’insécurité alimenté par l’extrême droite et les médias (c’était d’ailleurs la thèse défendue par la fameuse émission de Mediapart « Ouvrez les guillemets » d’Usul il y quelques semaines). Eh bien à Skopeo, on préfère les faits aux sentiments, alors étudions ensemble les chiffres pour répondre à cette question : l’insécurité progresse-t-elle réellement en France ?

Les hommes mentent ; pas les chiffres

Une chose importante à rappeler, et c’est un phénomène qu’on observe dans presque toute les sociétés modernes, la délinquance est principalement le fait d’une minorité ultra-violente et connue des services ; ainsi en France, 5% des délinquants causent plus de 50% des vols et violences.

Mais la France n’est pas pour autant, contrairement à ce que prétendent certains, un pays ultra-sécuritaire en termes de pénitencier : ainsi on observe en France environ 100 places de prisons pour 100 000 habitants, là où la moyenne européenne est de 122 (X.Bébin “Quand la justice crée l’insécurité”, Fayard, 2013). C’est pourquoi un tri est effectué en amont pour s’assurer que l’on enverra le moins de gens possible derrière les barreaux. Les criminels et délinquants entrant en prison représentent ainsi moins de 10% de ceux qui ont été arrêtés et déférés devant la Justice ; soit 2% des infractions totales portées à la connaissance des autorités (ibid.). On ne parlera même pas des petits délits et infractions du quotidien (qu’on aime aujourd’hui appeler « incivilités » pour relativiser leur gravité) qui ne sont jamais portés à la connaissance des autorités.

80% des crimes et délits ne sont en réalité jamais examinés par la justice.

En se basant sur les « Enquêtes de victimisation » réalisées par l’INSEE et l’Observatoire National de la Délinquance et des Réponses Pénales, on réalise que 80% des crimes et délits ne sont en réalité jamais examinés par la justice. L’Annuaire statistique de la Justice recensait par ailleurs plus de 10 millions d’infractions au cours de l’année 2010 (avec toutes les 24 heures environs 11 000 vols, 1780 agressions et 264 viols et tentatives de viols). Et sur ces 10 millions d’infractions, seules 4 millions avaient fait l’objet d’une plainte, et seules 1,4 millions avaient été poursuivies. Mais la majorité des condamnés écope en réalité « d’alternatives aux poursuites » (type rappel à la loi), ce qui fait descendre le nombre de personnes poursuivies et traduites à 640 000.  Au total, les peines de prison ferme ne concernent en moyenne que 122  000 individus (sur 4 millions d’infractions CONNUES, rappelons-le). Or, parmi ces peines de prisons prononcées, les condamnations inférieures ou égales à seulement 2 ans représentent plus de 90% des cas. 

Le problème du délai de la justice, qui semble vouloir concurrencer la SNCF en terme de retards, est également à prendre en compte dans l’équation : en 2009 la comparution immédiate ne représentait que 15% des condamnés à la prison ferme (et cette même comparution immédiate n’existe d’ailleurs pas pour les mineurs ayant commis un crime). C’est ainsi que le 28 janvier 2012, après un viol en réunion dans le centre-ville de Lyon, à la coursive de la Part-Dieu, 3 mineurs ont été remis en liberté dans l’attente de leur procès. Sachant que le délai moyen de comparution est d’un an et demi chez les mineurs. Et même une fois la sentence prononcée, on doit faire face au problème de délai d’application des peines : aujourd’hui, ce sont en moyenne 80 000 peines qui sont en attente d’exécution, tandis que chaque année 20 000 peines ne sont purement et simplement pas exécutées.

Les vols à la tire ont, eux, augmenté de 684 %. Vous reprendrez bien un peu de « sentiment » d’insécurité ?

Mais à en croire notre cher Ministre de la Justice, il n’y aurait pas d’insécurité, mais un simple « sentiment d’insécurité ». Sauf que l’INSEE nous indique que le taux de criminalité (soit le nombre de crimes et délits connus rapportés à la taille de la population) a été multiplié par 4 depuis les années 1960. Par exemple, depuis 1996, on observe une augmentation du nombre de violences aux personnes de près de 100%. Le nombre de mineurs mis en cause pour des violences a par ailleurs augmenté de 575% depuis 1990 (c’est d’ailleurs le chiffre cité dans l’étude annexée au projet de loi de 2011 créant des « tribunaux correctionnels pour mineurs »). Nos “petites têtes blondes” de 14-18 ans représentent 5% de la population française mais 25% des mises en causes pour viols, 34% pour les cambriolages, 46% pour les vols avec violence, 57% pour les dégradations de biens publics (Observatoire national de la délinquance, Grand Angle, n°27, novembre 2011, p.28-32). Rien que pour Paris, et selon la base de données des crimes et délits enregistrés par la police et la gendarmerie, entre 2013 et 2019 les vols avec violence (sans armes) ont augmenté de 93 %, les viols ou les faits de harcèlement ou d’agression sexuelle ont augmenté de 100%, et les vols à la tire ont, eux, augmenté de 684 %. Vous reprendrez bien un peu de « sentiment » d’insécurité ?

Petit cas pratique : pourquoi les criminels ne restent pas en prison ?

Mais tout ça, ce ne sont que des chiffres : froids, abstraits, distants. Penchons-nous sur du concret, afin de comprendre les réelles conséquences des manquements de la justice. Et afin d’éviter toute accusation de stigmatisation de telle ou telle communauté, nous allons prendre un cas franco-français : le tristement célèbre Alain Pénin. M. Pénin s’était rendu coupable le 8 septembre 2010 du meurtre de Natacha Mougel, une joggeuse de 29 ans résidant à Marcq-en-Baroeul. Mais M. Pénin avait déjà été condamné à 10 ans de prison pour un viol commis en 2004. Déjà, à l’époque, il présentait un risque de récidive important : il avait en effet à son actif deux condamnations pour port d’arme illégal, possession et trafic de stupéfiants. Sans compter son impuissance sexuelle, commune à de nombreux criminels de ce genre. En outre, il possédait les mêmes caractéristiques que des détenus avec des taux de récidives à 50 %. Mais c’était sans compter l’évaluation de M. Pénin par un psychiatre, qui a simplement énoncé qu’il y avait un risque existant de récidive, sans donner plus de détails que cela. Alain Pénin écopa donc à l’époque de 10 ans de prison au lieu des 20 qu’il aurait normalement encourus. 4 ans plus tard il obtint une mise en liberté conditionnelle à la suite d’une évaluation psychiatrique plutôt positive, qui disait qu’il présentait des « risques limités » de récidive ; cette évaluation était un simple « entretien dynamique » avec le condamné, sans la moindre grille de lecture criminologique. Notre cher Alain se retrouva donc dans la nature sans bracelet électronique ou traitement médicamenteux. Sa seule obligation était alors de rencontrer un professionnel de la santé de manière hebdomadaire pour dialoguer. Le 5 septembre 2010, Alain Pénin tua Natacha Mougel de 100 coups de tournevis après l’avoir violée.

Vous en voulez encore ? Je pourrais vous parler d’Albert Millet et de ses 6 condamnations, de ses plusieurs libérations conditionnelles, et des 3 meurtres qui s’en suivirent malgré tout. Je pourrais aussi vous parler de Tony Meilhon, de sa dizaine de condamnations pour viols et agressions, qui aboutiront malgré tout au viol, au meurtre et au démembrement de deux jeunes femmes. La liste ne s’arrête jamais.

Une justice à double vitesse

Les criminels, eux, semblent bénéficier d’une certaine complaisance de la part de notre système. En 2010 par exemple, et sous la pression du droit européen supranational, on a donné la possibilité aux suspects d’avoir leurs avocats présents lors de leur interrogation en garde à vue. Vous trouvez ça normal ? Alors trouvez-vous aussi cela normal qu’on refuse aujourd’hui ce droit aux victimes lors de leur dépôt de plainte ? Rappelons aussi pour ceux qui l’ignorent que la victime ne peut, contrairement à l’agresseur, faire directement appel de la décision du juge, même quand celle-ci la concerne directement. 

Les criminels, eux, semblent bénéficier d’une certaine complaisance de la part de notre système.

Mais certains, notre garde des sceaux en tête, continuent de nous parler d’un taux de récidive à 2% incroyablement bas dont il faudrait être fier. C’est un mensonge éhonté. Ce chiffre est déjà faussé par le fait qu’il n’existe pas de récidives entre délits et crimes. Or 75% des viols (un crime) sont requalifiés en agressions sexuelles (un délit) afin d’être jugés plus rapidement devant un tribunal correctionnel. On peut donc avoir commis un viol, requalifié en agression sexuelle, récidiver avec un nouveau viol mais ne pas être considéré comme récidiviste. La justice c’est comme les antibiotiques, visiblement.

C’est d’ailleurs pourquoi les chercheurs en criminologie ne se basent jamais sur les données françaises, virtuellement falsifiées, et préfèrent logiquement utiliser les données internationales. Notamment car la justice française préfère les entretiens cliniques « non structurés » des psychiatres aux échelles actuarielles des criminologues pour évaluer le risque de récidive des détenus. Or, toutes les études internationales montrent depuis les années 80 que les entretiens dynamiques sont inefficaces pour évaluer le risque de récidive d’un détenu. Ainsi, pour un même criminel, le risque est évalué de manière différente dans 80% des cas ! (Alexandre Baratta, Alexandre Morali, Olivier Halleguen, « Le vérité sur l’expertise post-sentencielle : entretien clinique contre échelle actuarielle », Annales médico-psychologiques, Revue Psychiatrique, vol 170, 2 mars 2012). C’est sûrement dû au fait qu’en France, contrairement à la grande majorité des pays occidentaux, il n’existe pas de chaire universitaire de criminologie (seulement de droit et de psychologie).

Enfin, les magistrats ont leur part de responsabilité dans cette affaire, en particulier le Syndicat de la Haute Magistrature, aux tendances gauchisantes. Les magistrats pèsent peu électoralement (8000 personnes), mais ils sont les acteurs principaux dans la définition des politiques pénales. Ils sont hostiles aux peines fermes car cela limite leur pouvoir d’interprétation de la loi, et ainsi réduit une grande partie du prestige de leur métier. Leur plus grande peur reste bien-sûr la mise en place de « lignes directrices sur la détermination de la peine », qu’on appelle aux Etats-Unis des sentencing guidelines, qui laissent en moyenne moins de 6 mois de différences entre la loi théorique et la peine réelle. Les juges français tiennent visiblement trop à leur supériorité morale.

Conclusion : la nature multi-causale de l’insécurité

Alors, oui, il y a bien une augmentation de l’insécurité en France, et nier ce fait revient à friser le ridicule. Mais cette augmentation est multi-causale, et ne peut pas être attribuée à un seul facteur. Cette insécurité montante ne saurait donc être seulement attribuée à une augmentation de la pauvreté, malgré ce que veut nous faire croire une partie de la gauche. A titre d’exemple, de 1960 à 1980, le taux de criminalité a été multiplié par 4 tandis que le revenu par habitant a considérablement augmenté. Or, le taux de pauvreté rurale reste toujours supérieur au taux de pauvreté urbaine, alors que c’est dans les grands centres urbains qu’on observe une augmentation des vols et violences (Apport 2009 du Conseil Général de l’Agriculture). Si on observe le même taux de pauvreté dans la Creuse et le 93, il y a en Seine-Saint-Denis 6 fois plus de vols et 10 fois plus de violences. Et si vous pensez que pointer cela du doigt c’est vouloir stigmatiser les classes populaires, détrompez-vous. L’INSEE a montré en 2006 que les habitants des quartiers modestes étaient beaucoup plus nombreux à souffrir de l’insécurité (35%) que les habitants de quartiers aisés (14%). C’est bien la bourgeoisie qui profite de la situation actuelle, tandis que les délinquants des cités profitent, eux, de la bienveillance (et du masochisme) d’une partie de l’intelligentsia, principalement parisienne. 

Mais cette augmentation est multi-causale, et ne peut pas être attribuée à un seul facteur.

A l’inverse, il ne faudrait pas tomber dans la caricature d’extrême droite, à la manière du RN, qui consisterait à dire qu’en réglant le problème de l’immigration on règle le problème de l’insécurité. Prenons un cas pratique pour conclure notre démonstration. Selon l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP), entre 2013 et 2014 et sur 688 viols déclarés auprès des forces de l’ordre en région parisienne, 52% de ces viols ont été commis par des étrangers ; une telle information semble tout d’abord pointer l’immigration comme seule coupable. Or, il est bon de rappeler que 45% d’entre eux sont sans-emploi, montrant ainsi que la pauvreté a tout de même un impact sur la criminalité. Enfin, 48% de ces violeurs étaient déjà connus des services de police, dans 20% des cas pour agression sexuelle ; ce qui nous permet comprendre qu’il existe un problème de justice et de police, qui laissent repartir de tels agresseurs dans la nature. L’origine de l’augmentation de l’insécurité en France est donc bien multi-causale. Mais une chose est sûre, ce n’est pas en se bandant les yeux que l’on résoudra le problème.

L’auteur

Maxime Feyssac

Quelle place pour le socialisme orwellien ?

Au-delà de 1984 et de la novlangue, quels sont les fondements de la pensée politique de George Orwell ?

George Orwell, écrivain britannique du début du XXème siècle, est mondialement reconnu pour ses deux ouvrages majeurs : 1984 et La ferme des animaux. Derrière ce pseudonyme se cache en réalité Éric-Arthur Blair, un homme dont l’engagement politique ne se limite pas à l’anti-totalitarisme exposé dans les deux livres cités précédemment. Nous allons ici nous plonger dans les méandres d’une théorie politique originale, mêlant socialisme, anarchisme et conservatisme.  

La jeunesse : proximité avec les prolétaires et premiers sentiments anarchistes

Issu d’une famille de la bourgeoisie moyenne qui n’a jamais eu les moyens d’assumer sa condition sociale, Éric-Arthur Blair a dès son plus jeune âge rejeté la « haute société » à laquelle il n’a jamais pu appartenir et partager le mode de vie. Il a passé sa jeunesse tiraillé entre une conscience de classe bourgeoise et une volonté de se mêler anonymement à la vie fraternelle des travailleurs. Envoyé en internat par ses parents, il verra cette décision comme un échec et une culpabilité personnelle. Traumatisé, il en sortira anarchiste et révolté contre l’autorité ; deux traits qui seront en réalité les prémisses de sa pensée politique.

Ses parents n’ayant pas les moyens de lui payer les études après 19 ans, il devient officier de police coloniale en Birmanie. Une expérience qui le confortera dans l’anarchisme, auquel il faut désormais ajouter un rejet de l’impérialisme et un dégoût devant la domination de l’homme par l’homme. Anti-impérialiste, Blair ne renie cependant pas son passé, car il en aura tiré une certaine vision du monde et surtout, une proximité avec les classes travailleuses et opprimées dont il épouse les combats.

Traumatisé, il en sortira anarchiste et révolté contre l’autorité.

De retour en Europe, il rate ses débuts d’écrivain et tombe dans les bas-fonds de la société française (années 1928-1930). Il aura connu la misère et la faim durant quatre années, au cours desquelles il s’est nourri en mendiant, vendant ses affaires et travaillant dans un restaurant dans des conditions déplorables pour une bouchée de pain. Contrairement à nombre de théoriciens socialistes issus de la bourgeoisie, Orwell a épousé la cause du prolétariat en ayant partagé, non par choix, leurs conditions d’existence ; une expérience relatée dans son ouvrage Dans la dèche à Paris et à Londres.

La guerre civile espagnole : la révélation socialiste

Durant les années 30, on lui demandera d’effectuer un reportage sur la condition ouvrière dans le nord de l’Angleterre. Plongé dans la vie des mineurs, il retranscrira ses observations dans l’ouvrage Le quai de Wigan, dans lequel il partage à la fois l’extrême précarité de leurs conditions de travail et en même temps l’attrait que cette classe sociale exerçait sur lui : « Je voulais m’immerger, m’enfoncer profondément dans la foule des opprimés, n’être plus que l’un d’eux, être avec eux contre leurs tyrans ». Dans le seconde partie de ce livre, il s’interroge sur le fait que le socialisme ne soit pas plus largement plébiscité par les travailleurs ; un échec qu’il impute déjà à un certain élitisme de la classe politique.

 Il se heurtera de plein fouet au mensonge totalitaire et à la calomnie communiste.

En 1936, Orwell prend part à la guerre civile espagnole, un événement qui entérinera définitivement sa passion pour le socialisme. Engagé du côté républicain au sein du POUM, un parti marxiste anti-stalinien, il lutte pour le socialisme démocratique et contre les fascistes. Finalement, alors qu’il est plongé au cœur de la mêlée, il se rend compte que les communistes staliniens s’attaquent autant aux républicains et aux anarchistes qu’aux fascistes. C’est là qu’il comprendra le potentiel totalitaire du communisme. D’autant plus que lorsqu’il tentera de l’expliquer, une fois de retour à Londres, il se heurtera de plein fouet au mensonge totalitaire et à la calomnie communiste. Son message fut étouffé par le puissant réseau stalinien implanté dans le monde politique, culturel et médiatique. Quoi qu’il en soit, il a vu le socialisme à l’œuvre à Barcelone. Dans une vision plutôt idéalisée qu’il retranscrira dans Hommage à la catalogne, Orwell décrit sa communion enfin trouvée avec les travailleurs et les opprimés. Il a vécu le socialisme et le sait désormais réalisable : « le socialisme, pour lui, n’était pas une idée abstraite, mais une cause qui mobilisait tout son être », écrit Simon Leys dans Orwell ou l’horreur de la politique. C’est de cette expérience que naîtra le double engagement à la fois pour un socialisme local et contre les totalitarismes qui caractérisera tant sa pensée politique.

Il dénonce bon nombre d’intellectuels dits socialistes, qui défendent en fait l’idée d’une élite gouvernant au nom du peuple.

Bien que résolument socialiste, il ne sera pas tendre avec la gauche, autant qu’elle ne le sera pas avec lui. Orwell prend cet idéal trop au sérieux pour le voir gâché entre les mains d’une élite incompétente. C’est pourquoi il dénonce bon nombre d’intellectuels dits socialistes, qui défendent en fait l’idée d’une élite gouvernant au nom du peuple. La Fabian Society (cercle de réflexion socialiste-réformateur anglais) sera sa première cible. C’est bien parce qu’ils n’ont jamais eu l’intention de rendre le pouvoir au peuple qu’ils ont fini par être complaisants avec le communisme stalinien. Dans son célèbre ouvrage 1984, c’est d’ailleurs cette élite totalitaire utilisant l’idéologie socialiste (comme ils pourraient en user d’une autre) pour arriver à leurs fins qu’Orwell caricature. Au-delà de ces attaques, Eric-Arthur Blair sera également mis au ban de la gauche pour son rejet de la révolution. Après y avoir cru, il se rend compte qu’elle n’est pas le moyen pour les travailleurs d’accéder au pouvoir mais plutôt de changer de maîtres. Dans La ferme des animaux, il montre à quel point le soulagement n’est que temporaire avant de retomber dans la soumission.

Un socialisme conservateur

Indubitablement socialiste, Orwell n’en est pas moins conservateur. Un mélange atypique de deux philosophies politiques qui ne peuvent a priori pas s’associer mais dont Jean-Claude Michéa, son plus fidèle passeur en France, montrera la complémentarité dans Orwell anarchiste tory (comprendre : anarchiste conservateur). Michéa explique que l’on peut être socialiste sans pour autant souscrire aux illusions « modernistes » qui entendent faire avancer le monde vers de meilleurs lendemains, mais dont on se rend compte qu’elles sont en réalité une aubaine pour le capitalisme destructeur. On le sait depuis Marx, le capitalisme n’est pas une force de conservation mais intrinsèquement progressiste. Michéa insiste sur ce point en rappelant que pour s’implanter, il a besoin de détruire toutes les relations et les structures sociales traditionnelles (la famille, la nation, l’Église, les identités…). Ainsi, les hommes seront déracinés et atomisés, puis poussés les uns contre les autres dans une logique de profit. Orwell dénonce le capitalisme comme étant un système fondé sur l’égoïsme, l’exploitation de l’homme par l’homme et la guerre de tous contre tous. Plus généralement, il reproche au libéralisme (dont est issu le capitalisme) son individualisme excessif et sa pseudo-neutralité axiologique qui poussent à transformer sans cesse et sans limites les relations sociales, jusqu’à ce qu’elles soient substituées par le règne de la puissance économique et de l’argent.

On peut être socialiste sans pour autant souscrire aux illusions « modernistes » qui entendent faire avancer le monde vers de meilleurs lendemains.

Orwell défend globalement l’idée d’une finitude de la nature humaine, le « sentiment légitime qu’il existe, dans l’héritage plurimillénaire des sociétés humaines, un certain nombre d’acquis essentiels à préserver », énonce Michéa dans Orwell éducateur. Il s’agit d’appliquer à l’Homme une sorte de « principe de précaution » contre ceux qui voudraient le transformer au nom du progrès. Finalement, qu’ils soient communistes, libéraux, progressistes ou fascistes, tous ceux qui entendent créer un monde nouveau et modifier la nature humaine sont, pour lui, des totalitaires à combattre.

« Le remplacement d’une orthodoxie par une autre n’est pas nécessairement un progrès » disait-il, voilà qui résume bien son attachement au réel, à ce qui est, et son appréhension face à ce qui pourrait être si l’on bouleversait la vie ordinaire au nom du progrès.

Un socialisme local basé sur la common decency

Le socialisme orwellien n’est donc ni élitiste, ni intellectualiste, ni libertaire (attaché aux libertés individuelles, il n’en fait pas une valeur absolue devant laquelle toutes les autres devraient se soumettre), ni progressiste, ni libéral, ni utopique, ni révolutionnaire ; sur quoi est-il basé ?

Orwell est persuadé que la lutte contre la pauvreté et pour la justice sociale ne peut pas se mener d’en haut. Le seul terreau dans lequel le véritable socialisme peut s’enraciner est le mode de vie des gens ordinaires. Ce combat n’a pas besoin d’idéologues et d’intellectuels parlant du peuple sans le connaître, il s’agit d’un projet politique à la mesure humaine, ancré dans le local et la réalité populaire.

C’est dans ce quotidien des gens simples qu’il voyait à la fois une source de résistance à l’oppression et un vecteur formidable d’émancipation.

C’est là qu’apparaît la notion fondamentale qui figure au cœur de la pensée politique d’Orwell : la common decency. Cette « décence ordinaire » pourrait être définie comme un savoir vivre populaire, une morale instinctive ancrée dans les comportements naturels des gens du peuple et qui les incite à bien agir. Ce sens moral qu’il a aperçu à Barcelone, en Birmanie ou dans les mines anglaises est un mélange de simplicité, de dignité, d’égalité et de solidarité ; le tout dans une logique spontanée de bonté, de don et d’entraide. Orwell décrit un mode de vie traditionnel et intrinsèquement honnête, issu de la culture et de la morale judéo-chrétienne, où la famille et les petites communautés locales occupent une place de première importance. Les hommes trouvent leur point d’ancrage dans ces structures socio-politiques locales et élémentaires pour la vie commune. C’est dans ce quotidien des gens simples qu’il voyait à la fois une source de résistance à l’oppression et un vecteur formidable d’émancipation. Cette profonde solidarité ouvrière est le dernier bastion de résistance que le marché et le capitalisme tentent de détruire pour s’implanter durablement. Selon lui, le véritable socialisme ne saura émerger que si cette common decency est défendue. Elle est ce qui permet aux gens ordinaires de préserver les conditions morales et culturelles de leur humanité, à la fois contre le capitalisme destructeur, le totalitarisme et “l’indécence” du mode de vie et des moeurs partagées par les classes bourgeoises. 

Cette vision, certes idéalisée mais à laquelle il croyait profondément, du mode de vie populaire est le fondement de la pensée politique d’Orwell : on y retrouve à la fois ses tentations anarchistes, sa passion socialiste et son côté conservateur. C’est de la solidarité ouvrière naturelle que doit émerger le vrai projet socialiste, basé sur l’auto-gestion et l’échelon local. Cette idée de la gauche, aujourd’hui principalement relayée par Jean-Claude Michéa et Michel Onfray, pourrait être une offre politique à même de renouveler ce camp politique. Pourtant, elle ne trouve aucune place entre les partis de gauche jacobins, progressistes et bien plus préoccupés par les questions sociétales que sociales.

L’auteur

Emilien Pouchin